Bruno Tshibala – De la prison de Makala à la Primature…

D’aucuns pourraient parler de «destin fabuleux». La fameuse expression « chance éloko pamba » vulgarisée par Papa Wemba. D’autres pourraient y voir de la « transhumance ». Bruno Tshibala Nzenzhe, ancien secrétaire général adjoint de l’UDPS et porte-parole du Rassemblement a été nommé, vendredi 7 avril, au poste très convoité de Premier ministre. Il succède à l’ex-UDPS Samy Badibanga Ntita. Le 9 octobre dernier, Tshibala était arrêté à l’aéroport de Ndjili au moment il allait prendre un vol à destination de Bruxelles. Après 50 jours passés à la prison de Makala, il a été relâché le 24 novembre. Cette nomination est accueillie diversement. Selon des sources, des grincements de dents étaient perceptibles, vendredi soir, dans les milieux des «combattants» de l’UDPS. On apprenait qu’une foule scandait des slogans hostiles à «Kabila» au Rond-Point Ngaba et aux environs du Mont Ngafula. Des attroupements auraient été constatés à l’université de Kinshasa et à Righini. En attendant de juger Tshibala sur ses actes, on peut gager que l’image de l’opposant congolais a pris un nouveau coup.

«Le pays ne doit plus être l’otage d’intérêt personnel, de luttes de positionnement d’acteurs politiques», avait martelé «Joseph Kabila» lors de son message devant le congrès sur l’état de la nation. «Le Premier ministre sera nommé impérativement dans les 48 heures », avait-il ajouté sur un ton martial. C’était le mercredi 5 avril.

Débauchage

Des observateurs s’interrogeaient ce même mercredi si le locataire du Palais de la nation n’était pas sujet à des projections. «Mécanisme de défense par lequel le sujet voit chez autrui ses idées, ses affects», disent les psychologues. «N’est-ce pas lui qui a bloqué le processus électoral ?», s’interrogeaient-ils.

Quarante-huit après, le Président sortant a accompli un «petit exploit» personnel. Il a tenu parole. Il a reçu, vendredi 7 avril, la démission du Premier ministre Samy Badibanga Ntita, nommé à ce poste le 20 décembre dernier. Le successeur de celui-ci a été immédiatement nommé. Il s’agit de Bruno Tshibala Nzenzhe, Un «Udépésien» pur et dur. En réalité, cette nomination n’a guère surpris. Le Tout-Kinshasa-politique bruissait des rumeurs sur ce qui ressemble bien à un «débauchage».

On sait très peu de choses sur le successeur de «Samy». Sauf qu’il est inscrit au barreau de Kinshasa. C’est en avril 2013 que l’homme a été nommé secrétaire général adjoint de l’UDPS. Il avait en charge les questions politiques et juridiques.

Lors du conclave tenu du 8 au 10 juin 2016 à Genval – qui a vu naître le Rassemblement- , Tshibala avait littéralement détrôné le secrétaire général de l’UDPS de l’époque, Bruno Mavungu Puati. A la fin de ce colloque, Nzenzhe s’est vu confier la fonction de porte-parole de la toute nouvelle coalition dénommée «Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement».

L’action politique de cet ancien haut cadre de l’UDPS peut être analysée à travers quelques dates.

Le 23 octobre 2015, Bruno Tshibala a co-animé une conférence de presse à Bruxelles avec Bruno Mavungu Puati et Félix Tshisekedi Tshilombo alors respectivement secrétaire général et secrétaire national de l’UDPS chargé des Relations extérieures. L’objectif était de vulgariser l’«appel solennel» à la «tenue immédiate du dialogue» lancé par Etienne Tshisekedi wa Mulumba.

«Epitaphe»

Tshibala avait égrené à cette occasion les trois «objectifs principaux» escomptés par cette formation politique. A savoir: élaboration d’un calendrier électoral réaliste et consensuel qui tient compte des délais constitutionnels ; organisation d’un processus électoral crédible et dans un climat apaisé et transfert pacifique du pouvoir, dans le respect de l’expression de la volonté populaire.

De passage à Bruxelles le 27 mai 2016 soit deux semaines après la publication de l’Arrêt de la Cour constitutionnelle du 11 mai autorisant «Joseph Kabila» à rester en fonction au-delà de l’expiration de son second mandat, le 19 décembre 2016, le secrétaire général adjoint de l’UDPS n’avait pas trouvé des mots assez durs pour qualifier cette décision. «Cet arrêt est une épitaphe», clamait-il. Et d’ajouter : «En conséquence, si les élections ne sont pas organisées dans le délai, Kabila quitte le pouvoir et remet les clés du palais de la nation, au plus tard le 19 décembre à minuit ».

Le 19 septembre 2016, le Rassemblement a organisé une manifestation de protestation suite à la non-convocation du scrutin de l’élection présidentielle par la CENI (Commission électorale nationale indépendante). Les organisations de défense ont dénombré une cinquantaine de victimes tombées sous les balles des sbires du régime. Tshibala donnera un bilan de « plus de cent morts » avant de qualifier le duo Kabila-Matata de «pouvoir sanguinaire».

Le 9 octobre, «Bruno» est arrêté au moment où il s’apprêtait à prendre un vol à destination de la capitale belge où l’attendait son ophtalmologue. Il sera enfermé durant 48 heures dans un cachot au lieu dit « Casier judiciaire » avant d’être embastillé à la prison centrale de Makala. Il sera remis «en liberté provisoire» 50 jours plus tard soit le 29 novembre.

En fait, le nom de Tshibala figurait sur une «liste noire» déposée à l’aéroport de Ndjili par le très sulfureux procureur général de la République Flory Kabange Numbi. Les personnalités reprises sur ce document étaient présentées comme étant les « auteurs matériels et intellectuels » de la manifestation du 19 septembre.

Des opposants inconstants et déloyaux

Le 1er février 2017, Etienne Tshisekedi wa Mulumba mourrait à Bruxelles. Un mois après la disparition du Président du Conseil des sages du Rassemblement, le mouvement né à Genval est quasiment en lambeau. Face au Rassemblement dirigé par le duo Félix Tshisekedi-Pierre Lumbi, il y a l’autre Rassemblement que les mauvaises langues qualifient «de Kingakati» pilotés par Joseph Olenghankoy et Bruno Tshibala. Roger Lumbala fait également partie du groupe.

Lors des récentes consultations organisées par « Joseph Kabila » – après la fin de la mission des bons offices des évêques -, Olenghankoy aurait remis au locataire du Palais de la Nation les noms de cinq candidats au poste de Premier ministre. Tshibala, l’ancien bagnard, a raflé la mise. L’occasion est donnée au nouveau «Premier» de «manger».

Vendredi 7 avril, «Tshitshi» a dû se retourner dans son cercueil en apprenant que «Bruno» succède à «Samy» à la Primature dans les conditions que l’on sait. Le regretté leader de l’UDPS comparait le Rassemblement au « Front commun » mis sur pied en janvier 1960 par les leaders congolais réunis à la Table-ronde de Bruxelles ayant conduit à l’indépendance du Congo.

Dans son discours inaugural le 8 juin 2016 à Genval, Tshisekedi avait eu ces mots : «Le moment est encore venu où chacune et chacun de nous doit s’élever et ne voir que le Congo et le peuple qui souffre, (…). Nous avons l’ultime devoir de faire renaître les espoirs déçus de nos populations ».

Question : Pourquoi les opposants congolais sont si inconstants et déloyaux?

B.A.W/CI

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