#DeboutCongolais – L’«étau citoyen» se resserre autour de « Kabila »

A l’appel lancé le 17 juillet par le Mouvement citoyen «La Lucha» (Lutte pour le changement), les forces politiques et sociales « acquises à l’alternance » ont organisé, lundi 31 juillet, des «manifestations pacifiques» aux quatre coins du pays. Les manifestants ont posé deux exigences. Primo : la publication du calendrier électoral par la CENI (Commission électorale indépendante). Secundo : l’organisation des élections (présidentielle, législatives et provinciales) au plus tard au mois de décembre prochain comme prévue dans l’Accord de la Saint Sylvestre. Face à des citoyens qui voulaient juste remettre des mémos aux différents bureaux de la CENI, «Joseph Kabila» a lâché ses sbires réputés très peu professionnels. Ceux-ci ont dispersé violemment les protestataires à coup de grenades lacrymogènes. Des tirs à balles réelles ont été entendus notamment à Bukavu. Bilan : plusieurs blessés dont un grave et une cinquantaine d’arrestations.

«C’est une réussite !». L’homme qui parle est un militant de La Lucha. Il s’appelle Marcel-Héritier Kapitene. Tout en affichant un triomphe modeste, il reste lucide. Il se dit abasourdi par le déploiement de la «machine à tuer» de «Joseph Kabila» alors que les activistes de ce mouvement ont toujours réaffirmé le «caractère non-violent» de leurs actions. «Nous n’avons jamais appelé à une insurrection populaire pour assister à une telle débauche de force, fait-il remarquer. Notre objectif se limitait à remettre des mémos aux représentations de la CENI».

«Héritier» de rappeler que le président de la CENI, Norbert Nangaa, avait fixé la clôture de l’enregistrement des électeurs au 31 juillet 2017. Il avait pris l’engagement de publier le calendrier électoral immédiatement après.

En appelant à manifester lundi 31 juillet, les organisateurs entendaient rappeler à la direction de la CENI de tenir sa parole. Et qu’à l’avenir, ils ne laisseront plus le processus électoral dépendre du « bon vouloir » du «raïs» et de sa mouvance politique.

Dès le milieu de l’après-midi, des médias internationaux ont salué quasiment en chœur la «mobilisation nationale contre le maintien de Joseph Kabila à la tête du pays et la non-convocation des élections». C’est le cas particulièrement de l’AFP et de RFI qui ont donné, heure par heure, le déroulement de cette manif’.

A Kinshasa, Bukavu, Goma et Lubumbashi, des militants politiques et de la société civile ont été arrêtés. Des journalistes ont subi le même sort. Certains ont été relâchés. Les matériels ont été emportés par les forces dites de sécurité. On déplore 11 arrestations à Kin et à Bukavu. A Goma, il est question de 59 interpellations. A Beni et Butembo, on dénombre respectivement 9 et 11 interpellations. Une dizaine de cas à Lubumbashi.

Selon «Marcel-Héritier», au chef-lieu de la province du Nord-Kivu, les militants de La Lucha ont pu remettre un mémo à la représentation de la CENI.

Pronostic vital engagé

A Bukavu, il est fait état de deux blessés graves par balles. Le pronostic vital de l’un d’eux, atteint à l’abdomen, serait engagé.

Des observateurs étaient unanimes pour dénoncer l’usage disproportionné de force face à des citoyens non-armés. «On semble oublier que nous en sommes arrivés là par la volonté d’un homme qui a décidé de s’accrocher au pouvoir en dépit de l’interdit constitutionnel, commente un politologue joint au téléphone à Kinshasa ». « Peut-on franchement blâmer une population qui n’a fait que se prévaloir de son droit constitutionnel à la résistance à l’oppression conformément à l’article 64 de la Constitution?», s’est-il interrogé.

Dans une « communication » publiée dans le n° 2950 de « Jeune Afrique » daté du 23 juillet, la Présidence du Congo-Kinshasa annonce que « l’année 2018 pourra ouvrir la voie à la convocation des scrutins attendus en RDC ». Dans la même édition de ce magazine, le président de la CENI, Corneille Nangaa, qui semble relayer « la voix de son maître », qualifie d’«irréaliste» l’idée de tenir, dans une même séquence, l’élection présidentielle, les législatives et les provinciales. Sur un ton empreint d’outrecuidance, le successeur d’Apollinaire Malumalu de lancer : « On ne va pas tout brûler parce que, pour des raisons objectives, les scrutins n’ont pas lieu cette année ».

« Joseph Kabila » – dont le frère cadet « Zoé » avait créer un petit événement en déclarant que leur famille « n’est pas prête à laisser le pouvoir à n’importe qui » -, était resté dans cette logique de l’interview qu’il avait accordée au magazine d’investigation allemand « Der Spiegel ». En clair, le Président sortant organisera les élections lorsqu’il jugera opportun.

Dans un communiqué publié dimanche 30 juillet, l’ancien gouverneur de la province du Katanga et candidat déclaré à la Présidentielle, Moïse Katumbi Chapwe, a appuyé l’appel à manifester de La Lucha tout en invitant les Congolais à se départir de la peur. Au motif que «Kabila» « est seul ». Alors que les Congolais sont au nombre de 80 millions.

Au regard de la force déployée lundi 31 juillet par le pouvoir kabiliste face à des manifestants pacifiques, d’aucuns commencent à s’interroger si la population congolaise ne devrait pas « se prendre en charge d’une autre manière… ».

Tout en rappelant le caractère non violent du combat que mène La Lucha, Marcel-Héritier Kapitene se sent interpellé par la force déployée par « Kabila». « Aussi longtemps que Joseph Kabila sera à la tête de l’Etat, il est illusoire d’espérer des élections équitables, dit-il. C’est l’image que l’homme nous a donné en cette journée du 31 juillet 2017 ».

Pour lui, une chose parait désormais sûre: la mobilisation va se poursuivre. L’«étau citoyen» va de plus en plus se resserrer autour de «Kabila». Et ce jusqu’à son départ du pouvoir…

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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