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Des adeptes de « BDM » accusés de «tentative de coup d’Etat»

Le porte-parole de la police nationale congolaise s’est livré, mercredi 9 août, à son «show» devenu rituel. Des présumés adeptes du mouvement politico-religieux «Bundu dia Mayala» ont été présentés au grand public. Prévu le mardi 8, la cérémonie a eu lieu finalement le mercredi. Lieu : Inspection générale de la police nationale. Arrêtés lors des manifestations violentes qui ont secoué les villes de Kinshasa et de Matadi, 31 personnes, dont trois femmes, sont accusées de «tentative de coup d’Etat». Un comble quand on sait qu’un «putsch» implique nécessairement la participation des militaires. Où sont-ils ? «Le Congo-Kinshasa a atteint le fond de l’abîme», estime un universitaire kinois.

En présence du ministre de l’Intérieur et sécurité, le PPRD Emmanuel Ramazani Shadary, et de son collègue en charge de la Défense nationale, Crispin Atama Tabe, 31 présumés assaillants étiquetés Bundu dia Mayala ont été exhibés au public.

Comme à l’accoutumée, ce spectacle s’est déroulé au mépris non seulement de la présomption d’innocence mais aussi du respect de la dignité de la personne humaine. Au nom de quel principe, peut-on exhiber des êtres humains dont la culpabilité est loin d’être établie?

« Tentative de coup d’Etat»

Dans son rôle de «maître de cérémonie», le colonel Pierrot Mwanamputu, porte-parole de la police, a déclaré que ces personnes voulaient «renverser» les institutions en place. Sans attendre qu’un magistrat ait pu examiner les indices matériels pour qualifier les faits, cet officier s’est empressé de parler de «tentative de coup d’Etat».

C’est quoi donc un coup d’Etat ? «Prise illégale et brutale du pouvoir par l’armée ou par une autorité politique bénéficiant de son soutien», peut-on lire dans le «Lexique de science politique» édité par Dalloz. «Action de force contre les pouvoirs publics exécutée par une partie des gouvernants ou par des agents subordonnés, notamment des militaires qui vise à renverser le régime établi», indique, pour sa part, le «Lexique des termes juridiques » du même éditeur. Dans les deux définitions, la participation des militaires constitue une condition essentielle.

Lundi 7 août, les Kinois n’ont aperçu aucun char dans les rues. Ils n’ont pas non plus des hommes munis de Kalachnikovs ou de lance-roquettes. Pas l’ombre d’un soldat parmi les adeptes de l’ex-Bundu dia Kongo qui arboraient leur fameux bandeau rouge.

Le colonel Mwanamputu n’a cure de tous ces «détails». L’homme ne croit qu’en ses propres affabulations. Pour lui, les fameux assaillants « devaient attaquer le Quartier Binza-Pigeon » où se trouve le Centre d’émission de la RTNC. Ils devaient, par la suite, « attaquer simultanément l’aéroport international de Ndjili et le siège de la Radio-télévision nationale congolaise ».

Mwanamputu qui ne manque pas de cynisme a donné un « bilan provisoire » des affrontements entre les supposés membres de BDM et des policiers : 19 morts, « par balles perdues ». La précision est du porte-parole de la police. Il a fait, par ailleurs, état de 7 blessés. Un officier de policier a été lynché.

Gri-gris

Dans un enregistrement vidéo réalisé probablement le 25 juin dernier, le député national Zacharie Badiengila, alias Ne Muanda Nsemi, avait prévenu que son mouvement allait « attaquer » le 7 août. Objectif : chasser « Hippolyte Kanambe » [Ndlr : « Joseph Kabila »] du pouvoir. Les « 3.000 Rwandais » présents au Congo-Kinshasa étaient invités à quitter le pays. « Le Congo aux Congolais », pouvait-on lire sur les banderoles déployés lundi. Sans émouvoir les policiers.

Lors de la présentation des suspects, aucune arme de guerre n’a été exhibée. En lieu et place, on a vu quelques gri-gris et des bâtons déposés au sol. Ne pouvant présenter Ne Muanda Nsemi en chair et en os, les «metteurs en scène» de la police nationale ont exposé les effigies et autres posters du gourou du BDM.

Quarante-huit heures après cette «attaque» annoncée, Ne Muanda Nsemi reste étrangement silencieux. D’aucuns le suspectent, à tort ou à raison, d’être manipulé avec le pouvoir kabiliste.

A Boma, des observateurs ont été surpris par la «convivialité» qui régnait entre les «puschistes» de BDM et les forces de l’ordre. Aucun incident n’a été enregistré.

Porte-parole de Moïse Katumbi – candidat déclaré à l’élection présidentielle -, le G7 Olivier Kamitatu Etsu n’a pas dit autre chose, mercredi, sur les antennes de Radio Okapi.

Pour lui, les échauffourées de lundi ne constituent ni plus ni moins qu’une «mascarade». A l’appui de sa thèse, il ajoute : « «Nous avons très bien vu des images [Ndlr : à Boma] des manifestants qui étaient encadrés avec une collaboration tout à fait actée des forces de l’ordre ; une manifestation pourtant qui était annoncée sur mode de violences par Bundu dia Mayala ».

Kamitatu d’estimer que c’est le pouvoir kabiliste qui multiplie des points chauds. Une manière de planter «le décor d’un état d’urgence qu’on veut préparer pour empêcher la RDC d’aller vers les élections ».

« Attitude velléitaire »

Porte-parole de la Mission onusienne au Congo, Fabienne Pompey a usé de la «langue de bois diplomatique» en soulignant l’importance d’une «réponse proportionnée» des forces de l’ordre face aux manifestants.

Dans un communiqué de presse publié 48 heures avant ces affrontements, le Rassemblement des forces politique et sociale acquises au changement avait prévenu que le « pays est soumis aujourd’hui par Joseph Kabila au règne des armes ». La coalition politique, née en juin 2016 à Genval, répondait au vice-ministre de l’Intérieur Basile Olongo. Celui-ci a prétendu que l’UDPS compterait des miliciens Kamuina Nsapu en son sein.

Interrogé dans la soirée de mercredi par l’auteur de ces lignes, un professeur de l’université de Kinshasa a eu ces mots sur la situation générale : «On assiste à une crise de régime. On a rarement vu une telle méfiance entre les gouvernants et les gouvernés. Le pays est devenu ingouvernable. Personne n’a la recette pour sortir de cette situation ».

Selon notre interlocuteur, tous les agents de l’Etat n’auraient pas perçu de salaire depuis deux mois. Les professeurs d’université compris. Il se dit stupéfait par « l’attitude velléitaire » de la population congolaise.

Revenons à Bundu dia Mayala. On n’espère que les autorités judiciaires auront à coeur d’organiser un procès public pour faire éclater toute la vérité sur la « tentative de putsch » imputée aux adeptes de l’ex-BDK.

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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