Egypte – Presidentielle – Si près, si loin du but – LeCongolais v2.7




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Publié: 8 juin 2012

Egypte – Presidentielle – Si près, si loin du but


Au Caire, à Alexandrie et ailleurs sans doute, la rue arabe rue dans les brancards ces jours derniers en Egypte, faisant peser de sérieuses menaces sur la tenue du second tour de l’élection présidentielle, prévue pour les 16 et 17 juin prochains.

La brusque montée de fièvre survient dans un contexte fort éprouvant. Il y a d’abord la commémoration, un an après, de la mort du jeune Khaled Saïd. Battu à mort le 6 juin 2010, le jeune Egyptien est depuis lors, devenu une icône de la révolution. Ensuite, le verdict retentissant du procès de l’ex-président Hosni Moubarak.

L’ex Raïs ainsi que son ex-ministre de l’Intérieur, Habib al-Adli, ont été condamnés à la perpétuité, alors que la peine de mort avait été requise à leur encontre.

Par ailleurs, six responsables de la sécurité ont été acquittés. Eux aussi étaient poursuivis pour la mort de 840 personnes pendant la révolution de janvier et février 2011.

Enfin, les charges pour corruption pesant contre Hosni Moubarak et ses deux fils, Alaa et Gamal, n’ont pas été retenues. Les manifestants jugent ce verdict trop clément. Cela, d’autant que c’est encore un ancien du régime Moubarak, Ahmed Chafik, qui figure au second tour de l’élection présidentielle.

Comme s’il en était de trop, les manifestants récusent désormais la qualification de cet acteur politique au scrutin. Ahmed Chafik, l’un des deux candidats qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle avec Mohamed Morsi, candidat des Frères musulmans, n’aurait pas dû se présenter au premier tour, en vertu d’une loi prévoyant que les anciens membres du régime Moubarak (Ahmed Chafik a été son dernier Premier ministre) soient privés de leurs droits civiques pendant dix ans.

L’homme, un temps disqualifié, avait fait appel et avait gagné le droit de se présenter, arguant de l’anti-constitutionnalité de la loi. L’affaire est devant la Haute cour constitutionnelle qui doit se prononcer le 14 juin, soit deux jours seulement avant le second tour du scrutin présidentiel.

Représentant toutes les tendances, laïques et religieuses, les manifestants dénoncent l’issue du procès de Moubarak et ne réclament ni plus ni moins que le report du deuxième tour de la présidentielle. Mais pourquoi donc n’avoir pas laissé passer le second tour ?

Dans ce combat sans cesse reconduit et à l’issue incertaine, on pourrait y voir de la stratégie. Mais alors, à quel jeu chacun joue-t-il, sachant que le destin du peuple égyptien est en jeu ?

Les Frères musulmans en particulier chercheraient-ils à peser sur la Justice afin de s’assurer de la recevabilité du dossier de l’adversaire ? Pourquoi cette frilosité ? Seraient-ils devenus si peu sûrs de leur victoire au point de craindre un retour du bâton au lendemain du scrutin ?

Quelque part, il y a comme un manque de fair-play dans ces sorties des acteurs politiques égyptiens dans leur ensemble. Ces tours de passe-passe dont l’opinion internationale est témoin ne présagent rien de bon pour l’avenir de la démocratie dans ce pays. On se demande pourquoi n’avoir pas vraiment insisté sur le tri à effectuer avant le scrutin.

Le procès semble avoir réveillé un passé nostalgique pour les uns et amer pour les autres. En tout cas, il donne l’impression d’avoir joué un vrai sale tour aux Frères musulmans qui ruminaient sans doute une certaine vengeance, auréolée d’une victoire au second tour. En tout cas, le verdict, lui, tombe mal.

Quel impact donc, cette réapparition du Raïs Moubarak auprès de l’opinion ? Ce vieillard, naguère alerte et vif, qui a conduit jusqu’à l’an dernier seulement l’Egypte et les Egyptiens d’une main de fer, impressionnerait-il encore l’opinion et la classe politique ? Moubarak, alité et présenté comme presque moribond, aurait-il soudainement bénéficié d’une forme quelconque de compassion auprès de l’électorat ?

Ses partisans, ou du moins ceux qui se sont ligués derrière l’autre candidat, pourraient-ils tirer profit de cette sortie au point de ruiner les espoirs de ceux qu’il avait passé sa vie à combattre, à faire emprisonner et martyriser ?

Les Egyptiens voudraient pourtant bien oublier ce passé qui n’a pas profité à la majorité d’entre eux. Car, ceux qui ont mis en marche le train de la révolution ne sont assurément pas heureux de la présente situation.

La raison est simple : ils se voient aujourd’hui contraints de choisir entre deux rivaux qui ont longtemps occupé la scène, et constamment fourbi les armes pour se combattre sans répit.

En faisant la révolution, les jeunes Egyptiens ambitionnaient surtout de tourner la page. A moins de redoubler de combattivité, il apparaîet que ce n’est pas demain, la veille, que les choses vont changer en Egypte.

Quel que soit le vainqueur du second tour, si les choses restent en l’état, l’avenir de la démocratie dans ce pays demeurera hypothéqué. Entre deux maux bien connus – l’armée des fidèles de Moubarak et les Frères musulmans, longtemps dans l’opposition radicale -, lequel est-il donc le moindre mal ?

Si les troubles devaient persister, n’y aurait-il pas risque pour ce pays de basculer vers l’arrière ? Que ferait l’armée ? Se scinderait-elle en trois ?

En effet, il ne faut pas exclure de voir certains rejoindre les Frères musulmans, d’autres ce qu’il reste des partisans de Moubarak et finalement le camp des jeunes militants de la révolution. Après celle des Pharaons, que nous réserve donc l’Egypte de demain ? « Des Fous d’Allah » ?

Encore des « gens en uniforme » ? De simples démocrates ou de jeunes militants fraîechement débarqués de la révolution ? A ce qu’il semble, le scrutin présidentiel promettait. A présent, le doute tend à s’installer.

Chaque jour qui passe voit s’augmenter un peu plus la détresse du peuple égyptien. Les acteurs politiques aux affaires, comme ceux qui attendent leur tour, continueront sans doute à scruter le ciel. Car, plus le second tour se rapproche, plus les chances de le voir se réaliser, s’éloignent.

LP

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