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Ethiopie – Annonce d’amnistie de prisonniers politiques d’Addis-Abeba – La dictature éthiopienne en mue ?

L’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel d’Addis-Abeba. Le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Dessalegn, a en effet créé la surprise en annonçant lors d’une conférence de presse, le 3 janvier dernier, la libération d’hommes politiques et d’autres personnes emprisonnées ces dernières années. Dans le même élan, il a évoqué la fermeture de la tristement célèbre prison de Mackelawi, haut lieu de la torture pendant la période dictatoriale du DERG (1974-1991).

La décision, avance-t-il, vise à « créer une atmosphère de réconciliation nationale ». Toutefois, l’Exécutif éthiopien reste ambigu sur le périmètre des personnes concernées par cette mesure d’amnistie, se réfugiant derrière cette déclaration du porte-parole du gouvernement qui a affirmé ceci : « Il faut attendre, car cela prend du temps d’enquêter pour décider qui mérite le pardon ».

En attendant donc que soit précisé le domaine de définition de la mesure, l’on peut déjà se féliciter de l’initiative de ce projet de loi d’amnistie qui constitue une avancée pour les libertés individuelles et démocratiques dans cette épaisse dictature de la Corne de l’Afrique. Le gouvernement avait toujours nié l’existence de prisonniers politiques dans ses geôles, mais en faisant une telle annonce, il fait acte de contrition et l’on peut donc logiquement s’attendre à une évolution positive des pratiques en matière de respect de la liberté d’opinion et des droits humains.

Cela dit, comme le dit l’adage, « une seule hirondelle ne fait pas le printemps ». Le gouvernement éthiopien a jusque-là fait de la répression des mouvements de contestation et de la torture, sa marque déposée. En témoigne le rapport de Human Rights Watch qui soutient que depuis près de trois ans, des milliers de personnes auraient été arrêtées lors des vagues de contestations qui ont secoué plusieurs Etats-régions de la fédération que forme le pays et près de 8 000 seraient toujours en attente derrière les barreaux.

Il faut toujours un premier pas

Ce n’est donc pas cette seule décision qui a toutes les allures d’une mesure d’apparat, qui viendrait changer la réputation de cette dictature silencieuse et fermée. Du reste, l’on peut se demander si l’élargissement annoncé de ces prisonniers d’opinion ne vise pas à détourner l’attention de l’opinion, dans un pays où l’urgence est de réformer les institutions pour élargir les libertés individuelles et démocratiques et régler les clivages socio-économiques et communautaires qui mettent à rude épreuve la cohésion nationale.

Mais comme on aime à le dire, il faut toujours un premier pas et l’on peut se surprendre à rêver d’une mue de la dictature en Ethiopie qui, ne serait-ce que sur le plan du symbole, a un rôle important à jouer en Afrique, d’abord en tant que l’un des rares pays africains à n’avoir pas subi le joug colonial et avoir résisté héroïquement au fascisme mussolinien et surtout en tant que pays abritant le siège de l’Union africaine (UA). Il est en tout cas plus que temps que le pays se mette en phase avec la nouvelle dynamique de démocratisation sur le continent.

SAHO/LP

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