Gouvernement Tshibala I – On reprend les mêmes… et hop… On recommence!

Par ordonnance datée du 8 mai 2017, «Joseph Kabila» a nommé les membres du gouvernement dirigé par le Premier ministre Bruno Tshibala Nzenzhe. Aucun changement notable. Les ministères régaliens restent entre les mains des oligarques de la mouvance kabiliste. Le décret présidentiel se réfère à l’Accord du 31 décembre 2016 ainsi qu’à l’Arrangement particulier. Sauf que la gestion de l’Etat sur base consensuelle jusqu’à la tenue des élections ne semble plus être à l’ordre du jour. Opportuniste, «Joseph Kabila» a profité des contradictions internes au sein du Rassemblement – suite au décès d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba ainsi que de la vénalité de certains membres de l’opposition tshisekedistes – pour « normaliser » la situation politique à son profit. Le nouveau « Premier » aura face à lui le très nébuleux «gouvernement parallèle» qui «siège» au Palais de la Nation.

Le Premier ministre Bruno Tshibala Nzenzhe a eu besoin, jour pour jour, d’un mois pour former une équipe gouvernementale qui, à quelques exceptions près, ressemble comme une sœur jumelle à celle que dirigeait son prédécesseur Samy Badibanga Ntita. Les leviers du pouvoir politique et financier demeurent entre les mains de «Joseph Kabila» et ses proches. Tout ça pour ça !

Les ministères régaliens sont toujours et encore entre les mains des «hommes du raïs» : Léonard She Okitundu (Affaires étrangères), Emmanuel Ramazani Shadary (Intérieur et sécurité), Alexis Thambwe Mwamba (Justice) Crispin Atama Tabe (Défense), Yav Mulang (Finances).

A ces départements dits de souveraineté, il importe d’ajouter d’autres tout aussi importants que détiennent des «inconditionnels» du régime finissant : Communication et Médias (Lambert Mende Omalanga), Mines (Martin Kabwelulu), Portefeuille (Wivine Matipa), Hydrocarbures (Aimé Ngoy Mukena), Infrastructures, Travaux publics et reconstruction (Thomas Luhaka).

Mission impossible

Dans les jours et semaines à venir, le «Premier» va vite réaliser le caractère impossible de la mission qui est le sien. A savoir, la tenue d’élections libres, transparentes et équitables. C’est un secret de Polichinelle que « Joseph Kabila » va continuer à user des subterfuges pour se cramponner au pouvoir. La disparition d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba et la vénalité de certains membres du Rassemblement lui ouvrent un grand boulevard.

A ces facteurs, il y a lieu d’ajouter le changement intervenu le 20 janvier dernier à la tête des Etats-Unis d’Amérique. Quatre mois après sa prise de fonction, le successeur de Barack Obama en l’occurrence Donald Trump n’a pas encore jugé utile de désigner un responsable des Affaires africaines.

Après son investiture par l’Assemblée nationale, Tshibala va devoir gérer quelques dossiers délicats.

Le premier dossier est relatif à la présentation du budget pour les quelques 7 mois restant de l’exercice 2017. Dans une intervention début mai à une télévision kinoise, le chef de la maison civile de «Joseph Kabila» a lancé un message à peine subliminal. Théodore Mugalu ya Mahungu – c’est de lui qu’il s’agit -, a exprimé le «souhait» de voir le prochain gouvernement porter les prévisions budgétaires «à plus de 10 milliards de dollars».

Le deuxième dossier concerne la situation socio-économique. Dimanche 7 mai, le Premier ministre démissionnaire Badibanga a, sur instruction de « Joseph Kabila », présidé une séance de travail. Le gouverneur de la Banque centrale du Congo et les ministres du Budget, de l’Economie ont pris part à cette rencontre. Le président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) était également présent. Un seul point à l’ordre du jour : la recherche des voies et moyens pour stabiliser la monnaie nationale. Désormais, il faut 1.450 à 1.500 Fc pour acheter le dollar américain. Il y a six mois, la parité était d’un dollar pour 930 Fc.

Grogne sociale

Une grogne sociale de moins en moins sourde est perceptible aux quatre coins du pays où les ménagères assistent impuissantes à l’érosion de leur pouvoir d’achat. Celles-ci parlent désormais de « sachet » en lieu et place du « panier ». Inutile d’évoquer la situation des travailleurs dans le secteur tant public que privé. C’est une « patate chaude », comme disent les Belges, que Tshibala va hériter de son prédécesseur. Il n’est pas exclu que l’ex-secrétaire général adjoint de l’UDPS et porte-parole du Rassemblement serve de «fusible» pour mettre le «raïs» à l’abri de la colère ambiante.

Le troisième et dernier dossier porte sur la tenue des élections. L’Accord du 31 décembre 2016 et l’Arrangement particulier conclus au Centre Interdiocésain avaient prévu des mécanismes tendant à une «gestion consensuelle» du pays – prenant cours le 20 décembre 2016 – jusqu’à la tenue des élections fin décembre 2017.

La primature et le CNSA (Conseil national du suivi de l’accord) devaient être dirigés par le Rassemblement. La mouvance kabiliste ayant échoué plus par mauvaise foi que par manque de moyens, il fallait garantir l’organisation de ces consultations politiques.

Aussi, la coalition née à Genval, Brabant Wallon, avait-elle prévu non seulement de faire auditer la CENI (Commission électorale nationale indépendante) mais aussi d’évaluer périodiquement son action au fur à mesure qu’on se rapproche de la date fixée pour convoquer les scrutins.

Selon Jean-Pierre Kalamba, porte-parole de cette centrale électorale, 22.309.380 d’électeurs ont été enrôlés à ce jour. Il reste encore 21.000.000 à enregistrer dans les provinces du Bas-Uélé, de la Tshopo, du Sankuru, de la Lomami, du Kasaï Oriental, du Kwilu, du Kwango, du Maindombe et du Kongo Central. Sans oublier le Kasaï Central. Des données qui restent difficiles à certifier à quelques deux mois de la clôture de cette opération.

« Suicide politique »

C’est ici que le Premier ministre Bruno Tshibala réalisera son « suicide politique » face au « gouvernement parallèle » dénoncé en 2009 par Vital Kamerhe, alors président de l’Assemblée nationale. L’ancien ministre François-Joseph Nzanga Mobutu ironisait en parlant de « gouvernement perpendiculaire ».

Profitant de la rareté des réunions du Conseil des ministres, le cabinet de « Joseph Kabila » a pris la mauvaise habitude d’interférer dans la conduite de la politique de la nation alors qu’il n’est guère tenu à l’obligation de rendre compte. Le directeur du cabinet Néhémie Mwilanya Wilondja ne cesse de multiplier des « sorties médiatiques ». Que fera Tshibala ? Va-t-il se taire pour préserver ses privilèges ou revendiquer les prérogatives dévolues au gouvernement ?

« Joseph Kabila » a démontré le 8 avril dernier qu’il n’a pas encore décidé de faire ses cartons. Bref, de «dégager». Au cours d’une réunion avec quelques gouverneurs de province et le ministre des Infrastructures, le Président sortant a annoncé notamment la signature d’un contrat avec l’entreprise chinoise AFEC pour la construction de 1.080 kilomètres de route devant relier les villes de Kananga, de Mbuji-Mayi, de Kamina, de Lubudi et la localité de Nguba. Inimaginable de la part d’un dirigeant qui est fin mandat et frappé d’inéligibilité.

A l’UDPS, Tshibala passait pour un opposant pur et dur. Il passait également pour un homme de conviction. Il a fait croire à une certaine opinion congolaise que « son » gouvernement allait être différent de celui issu de l’Accord du 18 octobre 2016. Un mois après, le miracle n’a pas eu lieu. La reconduction des personnalités antipathiques telles qu’Alexis Thambwe Mwamba, Emmanuel Ramazani Shadary et Lambert Mende Omalanga aux ministères respectivement de la Justice, de l’Intérieur et de la Communication et médias tient lieu de symbole. Le symbole du refus d’alternance par «Kabila» et ses oligarques. Le refus d’élections libres, transparentes et équitables.

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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