J’y suis, j’y reste – Fin mandat, «Kabila» initie des projets… à moyen et long terme

Décidément, le président sortant «Joseph Kabila» – dont le second et dernier a expiré le 19 décembre 2016 – refuse plus que jamais «de sortir». Au lieu de faire ses cartons, l’homme croit avoir encore un «avenir» à la tête de l’Etat. Samedi 8 avril, il a présidé une réunion. Dix gouverneurs de province étaient présents : Kongo Central, Kinshasa, Nord-Ubangi, Kasaï Oriental, Tshopo, Ituri, Nord-Kivu, Lualaba, Tanganyika et Sud-Kivu. Plusieurs ministres étaient également présents. Ordre du jour : évaluation de la mise en œuvre du programme d’actions prévu dans le cadre de la « Révolution de la modernité ». Il avait lancé ce « projet de société » lors de l’inauguration de son second et dernier mandat. C’était le 20 décembre 2011. Cinq années après, « Kabila » continue à parler comme un politicien en campagne électorale. Et pourtant, la population congolaise attend, de lui, le bilan de son action au sommet de l’Etat.

Selon le ministre des Infrastructures, travaux publics et reconstruction, Thomas Luhaka Losendjola qui a fait le compte-rendu, les participants ont procédé à l’évaluation non seulement des projets déjà réalisés au niveau des infrastructures routières et aéroportuaires mais aussi ceux qui sont en cours de réalisation et… à réaliser.

A en croire Luhaka, le locataire du Palais de la nation a une nouvelle «vision». Celle-ci consiste ni plus ni moins que de relier les chefs-lieux des 26 provinces par voie routière. On apprenait qu’un contrat a d’ores et déjà été signé entre le « gouvernement » et l’entreprise chinoise «AFEC». Objet : construction de 1.080 kilomètres de route pour relier les villes de Kananga, de Mbuji-Mayi, de Kamina, de Lubudi et la localité de Nguba.

Pour la petite histoire, tous les contrats dits «chinois» sont conclus au cabinet de « Joseph Kabila ». Et ce à l’insu du gouvernement. Les paiements des travaux accomplis se passent au même endroit sous la supervision du sieur Moïse Ekanga.

Des projets pharaoniques

Après 16 ans de pouvoir, «Kabila» se découvre la vocation de bâtisseur. L’homme rêve de quelques projets pharaoniques. Selon le gouverneur du Nord Kivu, Julien Paluku, le Président sortant voudrait doter la capitale congolaise de tramways et d’un réseau ferroviaire urbain. Mieux encore, «une autoroute va bientôt relier le centre-ville de Kinshasa à l’aéroport international de Ndjili», a ajouté Paluku sans indiquer le coût. Encore moins, la provenance du financement.

Après les «Cinq chantiers du chef de l’Etat» lancés bruyamment en novembre 2006 soit un mois après le deuxième tour de l’élection présidentielle, «Kabila» récidivait le 20 décembre 2011 en sortant de son chapeau – tel un prestidigitateur – un nouveau « projet de société » intitulé, cette fois, « La Révolution de la modernité ». «Ce projet vise à faire de la République Démocratique du Congo, un pool d’intelligence et de savoir-faire, un vivier de la nouvelle citoyenneté et de la classe moyenne, un grenier agricole, une puissance énergétique et environnementale, une terre de paix et de mieux-être, une puissance régionale au cœur de l’Afrique, l’objectif ultime étant l’émergence de notre pays », déclarait-il dans son allocution d’investiture.

Au cours de cette cérémonie, « Kabila » avait fait tant d’autres promesses. Des promesses non-tenues. A savoir notamment : construction des infrastructures de communication ; modernisation des villages par la fourniture des services sociaux de base ; création d’emplois ; constructions des hôpitaux et des centres de santé locaux ; lutte contre le VIH-SIDA ; amélioration de la desserte en eau courante et électricité ; construction des centrales électriques à vocation provinciale ou inter-provinciale ; construction des usines de traitement d’eau dans toutes les villes et des systèmes d’adduction d’eau dans les villages. Ouf!

Seize années après l’accession du successeur de Mzee à la tête de l’Etat, le taux de desserte en eau potable dans le pays est de 38,4%. Selon la direction de la Regideso, les zones urbaines sont desservies à 53,9%. Les zones rurales, 30,9%.

S’agissant du volet « éducation », le Président « réélu » en 2011 avait pris l’engagement de réduire le taux d’analphabétisme et d’instaurer la gratuité effective de l’enseignement primaire. En 2015, 18 millions d’adultes ne savaient toujours pas lire et écrire. C’est une étude réalisée par l’ONG «la Coalition nationale de l’éducation pour tous» (CONEPT).

Un homme du passé

En évoquant des projets à moyen et long terme, « Joseph Kabila » dont le second et dernier mandat a expiré depuis le 19 décembre 2016 semble narguer les Congolais en leur envoyant un message clair : «J’y suis, j’y reste !».

Après avoir fait bloquer le processus électoral sous prétexte de manque d’argent, l’homme parait plus que jamais résolu à s’accrocher au pouvoir. Il invoque à l’appui, le très controversé arrêt de la Cour constitutionnelle du 11 mai 2016 qui « l’autorise » à demeurer en fonction
«jusqu’à l’élection du nouveau Président». Une interprétation autant caricaturale qu’abusive du deuxième alinéa de l’article 70 de la Constitution qui stipule : « A la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu ».

Le 26 janvier dernier, « Joseph Kabila » a totalisé seize années de présence à la tête de l’Etat. L’homme s’est gardé de dresser l’inventaire de ses réalisations. Des réalisation qui se compteraient par les doigts d’une main.

Lors de son allocution sur l’état de la nation, mercredi 5 avril, le Président sortant que la grande majorité des Congolais considère comme un homme du passé a cru créer l’événement en annonçant, sans rire, que «les élections auront bel et bien lieu». La date de convocation de ces consultations politiques est connue de lui seul. Qui prend qui en otage ?

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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