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Kenya – Présidentielle – Naïrobi retient son souffle

Aujourd’hui, 8 août 2017, les Kényans sont invités aux urnes pour choisir leur président parmi les huit candidats au fauteuil présidentiel. Des élections qui interviennent dans un climat de tension extrême entre les deux poids lourds de la scène politique, à savoir le président sortant, Uhuru Kenyatta, candidat à sa propre succession et son challenger, l’opposant Raïla Odinga, dont les auras auront mis sous éteignoir la candidature des autres prétendants.

Mais pour qui connaît la scène sociopolitique kényane, cela n’est pas étonnant. Car, ces deux personnalités ont une telle emprise sur la vie politique du pays que leur rivalité va au-delà de leurs familles politiques pour avoir des relents ethniques qui ont pour effet d’exacerber la tension et de vicier davantage l’atmosphère sociopolitique. Aussi, au sortir d’une campagne où tous les coups étaient visiblement permis, il y a lieu de craindre des débordements pour ces élections qui s’annoncent comme celles de tous les dangers.

Les ingrédients d’une déflagration sociopolitique sont réunis

En effet, avant même le début du scrutin, la tension était palpable. Et la poussée de fièvre est allée crescendo, avec des violences verbales et autres escarmouches qui ont émaillé la campagne qui a connu son point culminant avec l’assassinat d’un membre influent de la Commission électorale indépendante. C’est dire si la confiance n’est pas la chose la mieux partagée dans ces consultations populaires où aussi bien le fichier électoral que le système électronique de transmission et de compilation des résultats font l’objet de suspicion de la part des protagonistes.

Et le fait que l’opposition cherche à mettre en place son propre système de décomptage et de compilation des résultats, est symptomatique de ce manque de confiance qui ne permet pas de dire que les Kenyans vont à ces élections dans la sérénité. Et pour ne rien arranger, Uhuru Kényatta et Raïla Odinga, les deux principaux challengers, ne se sont pas fait de cadeau durant cette campagne où le débat n’a pas véritablement volé haut.

Le premier allant jusqu’à refuser tout débat télévisé avec son adversaire, signe de la défiance à la limite de l’animosité que se vouent les deux hommes. Si fait qu’aujourd’hui, les Kényans eux-mêmes se préparent au pire. Certains ont même choisi de s’éloigner de la capitale par peur de nouvelles violences pendant que d’autres font des provisions, au cas où. Et pour cause. D’abord, la présidentielle de 2007 est encore fraîche dans les mémoires, avec son lot de violences qui avaient occasionné pas moins de 1 100 morts et environ 600 000 déplacés. Ensuite, tout porte à croire que chaque camp s’est préparé à un seul résultat : la victoire et rien que la victoire.

Pour une élection où il n’y aura qu’un seul vainqueur, l’on ne voit pas comment on pourrait éviter le pire si les uns et les autres ne mettent pas un peu d’eau dans leur vin. Car, dans les conditions actuelles, tout autre résultat serait, de toute évidence, synonyme de fraude et de tricherie pour un camp comme pour l’autre ; toute chose qui ouvrirait la voie à la contestation, avec ce que cela représente comme risques de débordements. C’est pourquoi il ne fait l’ombre d’aucun doute que les ingrédients d’une déflagration sociopolitique sont réunis pour que la cocotte-minute explose à tout moment au Kenya.

Le drame est que tout le monde semble voir le danger venir, mais personne ne lève le petit doigt pour essayer de conjurer le mauvais sort, afin d’éviter aux Kényans de vivre les affres d’une crise postélectorale dont nul ne saurait prédire les conséquences. Dans le cas d’espèce, la Cour pénale internationale (CPI) qui a déjà eu à intervenir au moins une fois dans une crise postélectorale au Kénya, devrait se montrer cette fois-ci suffisamment conséquente pour se donner les moyens d’intervenir, le cas échéant, à l’effet de punir les fautifs d’éventuelles atteintes aux droits de l’Homme en cas de troubles.

On croise les doigts pour que les djinns du Kenya ne sortent pas de leur bouteille

Cela dit, avec le scrutin de ce 8 août, le Kenya entre dans une nouvelle période d’incertitudes, et Naïrobi retient son souffle. C’est pourquoi il faut déjà souhaiter que le vote se passe dans le calme. Ce qui n’est pas gagné d’avance, tant l’atmosphère délétère de la campagne aura mis les nerfs des uns et des autres à fleur de peau. En effet, les électeurs des deux camps ont été, pour ainsi dire, chauffés à blanc par des candidats qui, pourrait-on dire, donnent à penser qu’ils jouent non seulement leur avenir politique, mais aussi leur honneur et leur crédibilité dans ce scrutin.

Pour Uhuru Kenyatta, il s’agit de confirmer la victoire de la dernière présidentielle qui avait fait l’objet de violentes contestations, avec les conséquences que l’on sait. Pour Raïla Odinga, 72 ans, il s’agit sans nul doute de son ultime combat pour accrocher un fauteuil présidentiel qui lui échappe depuis 20 ans. Qui l’emportera au terme du scrutin ? Bien malin qui saurait répondre à cette question. En attendant, on ne peut pas dire que les protagonistes ont fait du fair-play la règle d’or de ces élections. C’est pourquoi l’on croise les doigts pour que les djinns du Kenya ne sortent pas de leur bouteille et qu’il ne pleuve pas un déluge de feu sur Naïrobi.

En tout état de cause, il est grand temps que les élections ne riment pas avec violences en Afrique. Autrement, ce serait une preuve supplémentaire que l’Afrique est essentiellement malade de ses hommes politiques dont beaucoup, sans scrupules, n’hésitent pas à marcher sur les cadavres de leurs compatriotes pour s’ouvrir les portes du pouvoir. Il faut que ça change.

LP/LC

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