La «colère tranquille» de Mama Marthe Tshisekedi

Visage grave mais digne. C’est ainsi que Marthe Tshisekedi, veuve du leader charismatique de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), est apparue, jeudi 27 juillet, à l’émission « 64’ Le monde en français » de TV5 Monde dont elle était l’invité-surprise. Au centre de l’entretien, l’épineuse question relative aux obsèques d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba dont le décès remonte au 1er février dernier. Six mois après, la dépouille de «Tshitshi» se trouve toujours dans un funérarium dans la commune bruxelloise d’Ixelles. Dans une colère contenue, « Mama Marthe » a lancé un appel aux dirigeants du monde en général et africains en particulier afin qu’ils partagent sa douleur. Sans omettre les « premières dames ». Elle s’est manifestement gardée de donner l’impression d’implorer «Joseph Kabila» afin qu’il autorise l’enterrement d’un citoyen congolais « au pays de ses ancêtres ».

« Mama Marthe », comme la grande majorité des Congolais l’appelle affectueusement, a dû se faire violence pour rester digne et ne commettre aucun dérapage. Les traits de son visage trahissaient néanmoins une «colère tranquille». «Je suis venue pour plaider le cas de mon mari et partager ma douleur, a-t-elle lancé. Mon mari est décédé le 1er février [Ndlr : 2017]. Six mois après, il n’est toujours pas enterré».

Depuis la disparition d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba, les proches de la famille biologique assurent que la veuve continue – conformément aux coutumes – à se coucher à même le sol jusqu’au moment où le corps sera porté en terre. Cela fait six mois. « (…) le gouvernement congolais ne veut pas qu’on procède à son inhumation pour qu’il repose en paix éternellement », accuse Mama Marthe. Et d’ajouter : « Je n’ai jamais vu ça dans la culture bantoue ».

Tout en niant d’être en colère, elle n’a pas hésité de pointer un doigt accusateur en direction tant du gouvernement que de «Monsieur Kabila qui ne veut pas qu’on aille inhumer mon mari dans notre pays».

Selon elle, un accord avait été conclu entre le gouvernement d’une part, la famille biologique et politique d’autre part. Le document a été signé par toutes les parties sauf le ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary. « Le ministre de l’Intérieur est constamment en voyage. C’est à croire qu’en son absence personne d’autre ne peut contresigner ce document », s’enrage-t-elle.

Le 7 mai dernier, le ministre des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, avait interdit aux compagnies aériennes desservant l’itinéraire Bruxelles-Kinshasa d’embarquer la dépouille de l’ancien Premier ministre. Selon des sources, le pouvoir kabiliste suspecterait l’UDPS de profiter des obsèques pour provoquer des incidents. Les autorités nationales n’auraient apprécié que modérément que ce parti ait fixé la date de l’enterrement – au 12 mai – sans concertation préalable avec les officiels.

« Débordement »

Pour Marthe Tshisekedi, il n’y aura aucun « débordement » du côté des combattants de l’UDPS. Elle ne garantit pas qu’il en soit de même du côté du pouvoir. « Si débordement il y a, dit-elle, ce sera du côté du gouvernement ».

Il importe d’ouvrir la parenthèse à ce stade. Dans une interview accordée en date du 21 juin à Cheik Fita ainsi qu’à l’auteur de ces lignes dans le cadre de l’émission « Le Congo Kinshasa vu de Bruxelle », Félix Tshisekedi Tshilombo abondait déjà dans le même sens : « Si cela ne dépendait que de nous, nous aurions organisé les obsèques depuis le mois de février. Joseph Kabila et sa bande ont une peur bleue du retour du corps d’Etienne Tshisekedi. Ils se sont mis à l’idée que certains esprits malintentionnés allaient manipuler la foule afin que les funérailles se muent en un soulèvement populaire. C’est tout simplement aberrant ! ».

Pour certains observateurs, la famille politique et biologique du disparu aurait été «mal inspirée» en liant, dans un premier temps, les obsèques avec la nomination d’un Premier ministre issu du Rassemblement. Dans un second temps, en exigeant la construction d’un mausolée au siège de l’UDPS. Et ce en lieu et place d’un espace offert par la ville au cimetière de la Gombe». Fermons la parenthèse.

Jeudi 27 juillet, depuis Bruxelles, la veuve Tshisekedi a lancé un appel aux
«premières dames» du continent afin qu’elles partagent sa douleur. La douleur de ne pas pouvoir enterrer son illustre époux « à côté de ses ancêtres ». Le même appel est adressé aux « dirigeants du monde ». «Si un véritable Congolais était à la tête du pays, la dépouille de ’Ya Tshitshi’ aurait déjà été rapatriée et inhumée, clament en chœur des combattants de la diaspora congolaise de Belgique…».

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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