Actualités congolaises et africaines.

La vérité sur l’assassinat de Patrice Lumumba

Patrice Lumumba & Joseph Kasavubu.jpg & Baudouin 1er

(Par François lumumba et avocats)

DES ENQUETES INCOMPLETES

Le 17 janvier 1961 le Premier Ministre de la jeune République du Congo, Patrice LUMUMBA est lâchement tué, après avoir été sauvagement torturé.

Le 16 novembre 2001, la Commission d’enquête du Parlement belge a établi la responsabilité « morale » de l’État belge dans cet assassinat, stigmatisant notamment l’organisation de l’enlèvement et du transfert vers le Katanga, de Patrice LUMUMBA par des Belges, leur « manque de précaution et de respect à l’égard de l’Etat de droit », ou des « dysfonctionnements dans le processus décisionnel ». La Commission constatait également qu’aucune procédure disciplinaire n’avait été entamée « à l’égard des fonctionnaires, fussent-ils diplomates, officiers ou agents de sécurité » qui ont eu connaissance ou qui ont participé à des plans d’assassinat « non aboutis »[2]. Néanmoins, l’implication directe de Belges dans l’assassinat est constamment éludée, et la question d’un procès, oubliée.

Déjà le 11 novembre 1961, la Commission d’enquête des Nations Unies sur l’assassinat de Patrice LUMUMBA, avait considéré que des soupçons pesaient lourdement sur deux militaires belges qui auraient perpétré et prémédité l’assassinat, mais constatait qu’ils avaient refusé d’être entendus. La Commission concluait en espérant que les résultats auxquels elle était parvenue pourrait « servir de base à une enquête ultérieure » et « à une information judiciaire qui, de l’avis de la Commission devrait être ouverte dans les plus brefs délais »[3].

De son côté, en 1975, la Commission Church du Sénat des Etats-Unis avait conclu: « la chaîne des évènements révélée par les documents et témoignages est suffisamment forte pour permettre de conclure de manière raisonnable que le complot pour assassiner LUMUMBA fut autorisé par le Président EISENHOWER »[4]. Néanmoins, aucune responsabilité individuelle ne fut jamais judiciairement établie.

Colette BRAECKMAN a écrit, à propos de la Commission parlementaire belge: «des zones d’ombre demeurent … »[5]. Elle a récemment, à l’occasion d’une émission de la RTBF[6], réitéré son point de vue. De son côté, Emmanuel GERARD, un des quatre experts de la Commission relevait également, au cours de la même émission, qu’on ne sait pas encore toute la vérité et qu’il y a encore matière à enquêter.

Cinquante ans après cet ignoble assassinat, ne serait-il pas impératif que soit établie toute la lumière sur ces tragiques événements ?

L’ACTUALITE DE L’AFFAIRE LUMUMBA

Au cours de l’année 2010, un courant académique aux USA a rappelé l’urgence et la nécessité que justice soit rendue dans l’affaire LUMUMBA[7].

Une thèse d’une pertinence surprenante a vu le jour. Ce qui est en jeu, c’est le principe même de la responsabilité des agents de l’Etat, y compris au plus haut niveau. Ces agents fomentent, autorisent et participent, en sous-mains, aux pires atrocités perpétrées au nom de la raison d’Etat. En toute impunité. Le transfert de Patrice LUMUMBA à ses bourreaux katangais, par des agents de l’Etat belge, a été organisé depuis les ministères de Bruxelles, et approuvé par les services secrets américains. Ces actes criminels sont ainsi considérés comme le premier cas de « extraordinary rendition ».

Cette expression a été rendue tristement célèbre à l’occasion des actes les plus terribles commis par des gouvernements américains et européens dans le cadre de la guerre à la terreur, postérieure aux évènements tragiques du 11 septembre 2001. Enlèvements, séquestrations, tortures et meurtres réalisés en sous-traitance vers les prisons des Etats sans scrupule: on essaie ainsi d’éviter d’avoir du sang sur les mains et on délègue à d’autres « le sale boulot ».

L’absence de justice, c’est-à-dire d’établissement judiciaire de responsabilités individuelles et étatiques dans l’assassinat de Patrice LUMUMBA, aurait mis en place une impunité qui, aujourd’hui encore, laisse penser aux gouvernants qu’ils peuvent sans vergogne enfreindre les principes indérogeables du droit international tels que la prohibition de la torture ou l’assassinat sommaire d’opposants. L’absence de justice dans l’affaire LUMUMBA aurait pour conséquence qu’aucune justice ne sera jamais possible pour les exactions commises par l’administration BUSH et leurs alliés…

RESPONSABILITE INDIVIDUELLE, CRIMES DE GUERRE, PRESCRIPTION, DEVOIRS D’ENQUETE ET DE JUGEMENT

Lors des événements du Congo de 1960-1961, des fonctionnaires belges, de l’armée, de la police, du Bureau-Conseil au Katanga, des services diplomatiques ou conseillant le jeune MOBUTU, ou le presque déchu président KASA-VUBU, ont participé personnellement à la commission de crimes de guerre tel que prévus aux articles 136bis et suivants du Code pénal belge.

Leurs noms ont été révélés par la Commission parlementaire d’enquête belge. Certains d’entre eux sont toujours vivants.

Les crimes de guerre ont ceci de particulier qu’ils se commettent, non pas simplement par l’action, mais également par l’omission d’agir. Et le code sanctionne cette inertie coupable aussi fortement que pour les auteurs du crime même.

Le Code pénal prévoit également que ces crimes sont variés (absence de procès équitable, transfert illégal, arrestation illégale, tortures, meurtres), mais aussi, leur imprescribilité.

Pourtant le nœud de la question ne réside pas dans cette question juridique complexe. Il s’agit plutôt de la problématique de l’établissement des faits. Cinquante ans après ceux-ci, de nombreux documents, témoignages, correspondances privées ou officielles, restent confidentiels et inaccessibles. L’accès aux archives est un principe fondamental et une obligation juridique pour lutter contre l’impunité[8].

Comment peut-on accepter que toutes ces informations restent secrètes : il faut ouvrir toutes les archives !

Bien sûr celles des Nations Unies, du Secrétariat général et de la Commission d’enquête de l’époque ou de la Commission Church du Sénat américain. Ou encore, celles des Etats qui avaient fourni, en 1961, des contingents de casques bleus à l’ONU. Sans les archives belges.

Principalement, le contenu sur minutes de toutes les auditions réalisées par la Commission parlementaire belge de 2001, y compris à huis clos, ainsi que les nombreuses pièces inédites d’archives des ministères concernés.

L’établissement de la vérité est une obligation morale, mais aussi juridique fondamentale. Ce n’est qu’en obtenant un accès complet et inconditionnel à toutes les informations pertinentes que la justice pourra être rendue.

Les conclusions de la Commission d’enquête du Parlement belge n’ont abouti sur rien de concret. Les promesses du Fonds LUMUMBA sont restées lettre morte. Bien sûr, les excuses de Louis Michel, au nom de l’Etat, ne sont que poudre aux yeux, mais il faut une justice, il faut une vérité. Il est extravagant de constater que les aveux de l’État belge n’ont conduit à aucune poursuite judiciaire.

Nous demandons dès lors aux Nations Unies, au Gouvernement belge et à tous les gouvernements concernés, de nous donner pleinement accès à ces témoignages du passé, afin que les valeurs fondamentales de nos Etats de droit soient sauvegardées au présent et pour le futur, et que la responsabilité morale de la Belgique, établie par la Commission Parlementaire, prenne enfin un contenu concret à travers la justice et la vérité.

CONCLUSION (par François LUMUMBA)

1. En effet, il est à présent, confirmé que le 17 Janvier 1961, entre 21 heures 40 et 21 heures 43, Patrice Emery LUMUMBA, et ses compagnons d’infortune, Maurice MPOLO et Joseph OKITO furent assassinés au Katanga, soit 5 heures après leur arrivée dans cette province. C’est le résultat de la Commission d’enquête parlementaire instituée par le Royaume de Belgique.

2. L’implication des responsables politiques belges résulte entre autres du quart de milliards de Francs Belges (de l’époque) et des moyens logistiques mis à la disposition des adversaires politiques congolais et étrangers de Patrice LUMUMBA, dans l’exécution du projet de son élimination. De ce fait, la lutte du Royaume de Belgique contre Patrice LUMUMBA était une action préméditée, agencée, visant l’élimination politique qui a provoqué son élimination physique.

3. D’autre part, nous ne pouvons pas ignorer que l’assassinat de LUMUMBA a causé un préjudice considérable à sa famille, aux lumumbistes et à l’ensemble du peuple congolais et d’Afrique.

Sur le plan national, cet assassinat a occasionné l’arrêt du processus démocratique dans le jeune État indépendant du CONGO. La crise multiforme actuelle illustrée par des guerres à répétition avec des millions des victimes est le résultat de l’impunité consacrée jusqu’à ces jours.

Sur le plan familial, nous laissons à chacun le soin d’imaginer ce que peut causer l’assassinat de son père et les conséquences sur tous les plans.

Certes, il faut exorciser le passé pour tracer les voies de l’avenir. Mais LUMUMBA payera-t-il une nouvelle fois de sa personne en inaugurant dans son assassinat une nouvelle notion juridique : « La Responsabilité Morale », sans conséquences pénale ou civiles ; même dans le seul pays au monde qui a pourtant consacré la notion de « Responsabilité Universelle » pour les crimes contre l’humanité ?

Pour la Famille LUMUMBA, la vérité est un pansement qui n’effacera jamais les douleurs de la perte d’un mari, d’un père, d’un frère, d’un parent, d’un camarade. Malgré cela, la justice s’impose à tous, et après vient le pardon.

Après avoir surmonté cette période d’émotion et d’épreuves, nous avons fait des efforts pour éviter que la haine et l’esprit de vengeance ne prennent le dessus, ce qui serait contraire aux principes et à l’éducation que nous avons acquis. Et cela est conforme à la parole de DIEU en Matthieu 6 : 14-15 : « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi, mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes ».

Tout ce que nous pouvons vous dire en ce jour, cher Papa, ce que nous serons à la hauteur des événements, pour que soit parachevée votre œuvre, et que la paix et l’unité de notre cher CONGO soit consolidées, et pour l’avènement de la République Unie du CONGO.

Gloire éternelle à Patrice Emery LUMUMBA !

ARCHIVES LUMUMBISTES

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