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Le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, chef de file de l’opposition!

Ce n’est pas une simple messe qui a été dite jeudi 4 janvier 2018 à la cathédrale Notre-Dame de Kinshasa.

Comme tous les 4 janvier, l’Eglise congolaise célébrait, par un office religieux, la journée des martyrs en hommage à ses fils et filles tombés pour l’indépendance du pays lors des émeutes de janvier 1959 qui ont fait une cinquantaine de morts à Léopoldville (l’ancien nom de Kinshasa).

Mais cette année, la messe ne pouvait que revêtir un cachet particulier. La célébration a lieu en effet quelques jours après la manifestation du Comité laïc de coordination de l’Eglise catholique qui revendiquait, le 31 décembre 2017, l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre. La répression des chasubles a fait, d’après un bilan encore provisoire, huit morts et une cinquantaine de blessés ; de paisibles paroissiens qui voulaient marcher pacifiquement, affirme la hiérarchie catholique ; des bandits qui se seraient infiltrés, prétendent de leur côté les autorités, qui louent le « professionnalisme » et le « sens de la retenue » des flics.

Depuis, c’est à une véritable passe d’armes entre le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa qui avait déjà présidé la conférence nationale souveraine au début des années 90, laquelle avait conduit à la démocratisation du pays, et la dictature en place qu’on assiste.

Le prélat avait, dans une vive réaction le 2 janvier 2018, condamné « les agissements des prétendus vaillants hommes en uniforme » et martelé qu’il « était temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent et que règnent la paix, la justice en RD Congo ».

Réponse du berger de la bergère, dès le lendemain, de l’ineffable porte-parole du gouvernement, Lambert Mende : « Le cardinal se fait subitement l’apôtre des insultes et autres noms d’oiseaux dont il gratifie certains de ses compatriotes… Il incite les Congolais à la haine et à la confrontation en les opposant les uns aux autres par un discours belliqueux aux accents de combattant. »

Après une telle volée de bois vert entre le messager de Dieu et celui de Kabila, on comprend pourquoi l’office d’hier a pris une tournure de meeting politique, le pontife ne s’étant pas privé d’en remettre une couche sur son virulent sermon à l’encontre du pouvoir et ayant comparé le sang versé par les martyrs de l’indépendance à celui des fidèles fauchés le jour de la Saint-Sylvestre.

Une onction politique d’autant plus prégnante qu’aux premiers rangs de fidèles militants figuraient en bonne place Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe, Martin Fayulu et de nombreux autres responsables du rassemblement de l’opposition, qui se bat comme un beau diable depuis de longs mois contre Joseph Kabila et semble trouver dans cette bénédiction urbi et orbi de l’Eglise un nouveau souffle et une unité qui avait tendance à s’effriter ces derniers temps.

Tout se passe donc comme si la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), avec la fameuse doctrine sociale de l’Eglise en guise de missel, était devenue le premier parti d’opposition en RDC, et le Cardinal Monsengwo le chef de file.

Réussira-t-elle là où les opposants, minés par des querelles de chapelle, souvent à l’instigation du régime, ont échoué, c’est-à-dire l’organisation d’élections générales auxquelles « Mobutu light » ne se représentera pas ? Les pasteurs réussiront-ils le miracle de faire revenir dans le droit chemin la brebis égarée du palais de la Nation ? Une chose est sûre, les ponts sont jetés entre le pouvoir temporel et celui spirituel.

HRS/ODP/NPB/LC

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