Le front social en ébullition – La Kabilie joue avec le feu

La crise née de la non-tenue d’élections aux échéances arrêtées en 2016 est en train de prendre des dimensions inattendues avec risque d’asphyxier tous les secteurs de la vie nationale.

La dimension politique a ouvert la voie à une crise économique et sociale d’une grande ampleur. Le front social bouge. Entre janvier et avril 2017, le pouvoir d’achat de la population s’est fondu à hauteur de 40%. La grogne gagne déjà du terrain. Avertissement en direction de la Kabilie qui semble jouer avec le feu.

Sur le marché des changes, la dépréciation du franc congolais a atteint le pic. Sur le marché réel, la flambée des prix des biens et services a fait grimper le taux d’inflation. A la Banque centrale du Congo, les réserves en devises fondent comme neige au soleil dans un contexte de tarissement des recettes publiques. Il faut craindre le pire. Et le pire, c’est notamment ce front social qui se met en ébullition.

A ce jour, la perte en termes du pouvoir d’achat est estimée à plus de 40% pour les quatre premiers mois de 2017. A la Fonction publique, la grogne gagne du terrain. Tout comme dans le secteur du portefeuille de l’Etat où les salaires nominaux sont loin de la réalité. Dans le registre des finances publiques, la RDC est de plain-pied depuis fin avril dans un vide budgétaire, les crédits provisoires alloués au gouvernement ayant pris fin le 30 avril 2017. Le pays va mal, très mal. C’est le moins que l’on puisse dire.

Malheureusement, dans les rangs de la Majorité présidentielle où l’on minimise les conséquences désastreuses d’un tableau économico-financier aussi sombre, on continue à jouer la samba, en manipulant allégrement certains leaders de l’Opposition dans l’espoir de gagner du temps en reculant davantage les échéances électorales. Loin de calmer les tensions sur le plan politique, le débauchage en cours a fait oublier le front économique qui contamine chaque jour qui passe le front social. Evidemment, le contexte ne se prête pas encore à un soulèvement de masse. Mais, l’hypothèse devient de plus en plus plausible. Dans les milieux économiques les plus avertis, on s’inquiète de la dégradation de la situation économique du pays.

Le plus alarmant est l’indifférence qu’affiche la majorité au pouvoir. On a l’impression que cette majorité a décidé de faire pourrir davantage la situation pour contraindre la population à s’abstenir de ses revendications politiques. Grave erreur. Car, dans le contexte d’une dépréciation monétaire, combinée à un assèchement du pouvoir d’achat assorti d’un rétrécissement de ressources publiques, la faillite de l’Etat n’est pas exclue. C’est un décor d’apocalypse qu’il faut éviter. Mais, de quelle manière ? C’est tout le problème.

Il est un fait que depuis le départ de l’ancien Premier ministre Matata, la République démocratique du Congo navigue à vue. Loin de relancer la machine économique, le passage éclair de Samy Badibanga à la Primature n’a pas résolu le problème. Bien au contraire, il a replongé le pays dans un trou sans fond. Quant à Bruno Tshibala, son successeur à l’Hôtel du gouvernement, ses marges de manœuvre sont fortement réduites. Il n’est pas outillé pour inverser la chute vertigineuse de principaux indicateurs conjoncturels de la RDC.

Des indicateurs conjoncturels alarmants

Selon les derniers condensés statistiques de la Banque centrale du Congo, les chiffres sont alarmants. Sur le marché officiel, le franc congolais était coté à 1 403,9703 Fc le dollar américain fin avril. Une année avant, soit en avril 2016, le taux de change était de 935,15 Fc pour un USD. Par extrapolation, on peut déduire qu’en une année, le franc congolais s’est déprécié à hauteur de 33,4%. Chose invraisemblable entre 2010 et 2016 où le franc congolais ne s’est déprécié qu’à moins de 1% par rapport à la devise américaine.

Sur le marché réel, les prix intérieurs ont pris de l’ascenseur. Si le taux d’inflation fin 2016 s’est difficilement arrêté sous la barre de 10%, pour l’année 2017, l’on s’attend au pire. En se rapportant aux mêmes statistiques de la Banque centrale du Congo, le taux d’inflation hebdomadaire cumulé tourne autour de 2,795%. En cumul annuel, l’Institut prévoit un taux de 14,085%, avec un glissement annuel de 30,044%. Annualisé, la Banque centrale projette fin 2017 un taux d’inflation de  49,640%.

Si on devait rapporter ce taux d’inflation sur le pouvoir d’achat de la population pour en déduire un pouvoir d’achat réel, on s’attend à ce que l’inflation ronge d’environ 50% fin 2017 le maigre pouvoir d’achat de la population. Evidemment, les projections de la Banque centrale sont minimalistes. Car, dans le fait, la situation est beaucoup plus explosive.

Les estimations les plus réalistes notent qu’entre janvier et avril 2017, le pouvoir d’achat de la population a été rongé de 40% du fait de l’inflation. Qu’en sera-t-il alors à fin 2017 ?  A tout prendre, la République démocratique du Congo est dans une situation de décadence économique. Les statistiques économiques sorties droit de la Banque centrale le prouvent à suffisance. Une situation qui était jusqu’alors inimaginable entre 2010 et 2015, période où la RDC a aligné des résultats économiques salués de toutes parts. En effet, entre 2010 et 2015, la RDC a battu son record en termes d’inflation en réussissant à la maintenir sous la barre de 1%. Pendant cette période, le taux de dépréciation a été quasi nul, donc proche de zéro.

C’est vrai qu’à partir du deuxième semestre 2016, la situation économique s’est sensiblement dégradée par le fait de la chute de principaux produits d’exportation de la RDC. L’on doit se rappeler que la RDC dépend des exportations des ressources naturelles, en particulier le cuivre (60% des recettes d’exportation) et le cobalt (20%).

Jusqu’à fin 2016, le gouvernement s’est focalisé sur le maintien de la stabilité macroéconomique. Sa stratégie a été celle de soutenir le taux de change contre la dépréciation du franc congolais (CDF) à cause de son impact social, accroître les recettes publiques propres et réduire les dépenses pour contrôler le déficit. C’est de cette manière que le gouvernement Matata a réussi à maintenir le cap, avant que l’incertitude politique ne vienne plomber tous les acquis de cinq dernières années.

Il faut parer au plus pressé. La RDC est assise sur un front social en surchauffe. C’est un volcan endormi qui peut rentrer en éruption à tout moment. La majorité au pouvoir devrait se ressaisir le plus rapidement possible, avant que le pire ne se reproduise. Il sera sans nul doute basé sur des revendications d’ordre économique et social. C’est la cherté de la vie qui va donc pousser la population à gagner la rue. C’est fort possible.

« Ventre affamé n’a point d’oreilles », dit-on. En affamant la population et en durcissant le ton pour une issue politique à la crise politique, le pouvoir en place a mis en déroute tous les acquis de la stabilité de ces six dernières années. Il joue avec le feu. Qui sait s’il sera capable de l’éteindre lorsque l’édifice va s’embraser.

LP/BL/LC

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