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Le Rassemblement à l’heure du doute…

Bruxelles le 30 avril 2017. La salle de conférence du « Press Club Brussels europe » était noire de monde. Sans jeu de mots. Les Congolais de Belgique et ceux de certains pays voisins sont venus nombreux pour écouter les animateurs du Rassemblement, cette coalition politique lancée en juin 2016 à Genval, Brabant wallon. Annoncé, Félix Tshisekedi Tshilombo n’est pas venu. Le point de presse a finalement été animé par Christophe Lutundula Apala et Delly Sesanga. Chauffée à blanc, l’assistance attendait que les deux orateurs répondent à une question : Et maintenant! En clair, les Congolais de la diaspora espéraient savoir ce que le Rassemblement envisage de faire après l’échec de l’Accord du 31 décembre 2016. Certains d’entre eux ne sont pas allés par quatre chemins en suggérant le lancement de la « lutte armée ». Objectif : « chasser Kabila ». On imagine l’embarras des deux conférenciers.

« C’est une fraude qu’on a fait commettre le 27 avril aux institutions de la République », a déclaré Christophe Lutundula Apala, chef de délégation adjoint du Rassemblement aux discussions indirectes du Centre Interdiocésain. « Les Congolais doivent continuer à exiger l’application de l’Accord du 31 décembre 2016 », a renchéri Delly Sesanga Hipungu.

Depuis l’échec de l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre, les animateurs du Rassemblement font face à des critiques acerbes dans les milieux des Congolais à l’intérieur et à l’extérieur du pays. A tort ou à raison, il leur est reproché d’avoir privilégié le partage des postes en lieu et place de l’intérêt général. Bref, la tenue des élections.

Une « crise artificielle »

Dimanche 30 avril, le Rassemblement a organisé un point de presse à Bruxelles. Lutundula a entretenu l’auditoire sur l’Accord précité. Sesanga, lui, s’est penché sur l’Arrangement particulier.

Prenant la parole le premier, le député national Lutundula a rappelé que le Congo-Kinshasa est toujours empêtré dans une « crise artificielle ». « Une crise provoquée par Joseph Kabila pour se cramponner au pouvoir ». Et d’ajouter que le pays se trouve dans une « situation atypique » où les animateurs des institutions de l’Etat sont hors mandat et donc illégitime.

Pour ce membre du G7, le Congo se trouve dans une situation assimilable à un « coup d’Etat constitutionnel ». Balayant du revers de la main le très controversé Arrêt de la Cour constitutionnelle du 11 mai 2016 – autorisant « Joseph Kabila » à rester en fonction jusqu’à l’élection du nouveau Président -, il lance : « Seule l’élection confère la légitimité et non une décision judiciaire ».

C’est ici que Christophe Lutundula expliquera que le pouvoir en place ayant été incapable d’organiser les élections dans les délais constitutionnels, il a fallu conclure un accord pour une gestion consensuelle des affaires publiques jusqu’à la tenue de l’élection présidentielle, des législatives et les provinciales. C’est ainsi que la Primature et la Présidence du Conseil national du suivi de l’accord (CNSA) devaient revenir au Rassemblement. « Le CNSA est hautement stratégique dans la mesure où il évalue et contrôle le travail de la Commission électorale nationale indépendante », a-t-il souligné.

Pour lui, l’accord du 31 décembre stipule en son chapitre 3, point 3.3 que « le Premier ministre est présenté par l’opposition politique/Rassop « . « Il n’a jamais été question de présenter trois noms ». « On nous reproche de nous battre pour des postes alors que notre objectif est d’obtenir des garanties pour la tenue des élections libres et transparentes », a-t-il précisé. Il ne fallait donc pas laisser le « processus décisionnel » entre les mains de ceux qui ont bloqué le processus électoral.

Violation de l’Accord

Prenant la parole à son tour, Delly Sesanga Hipungu dit préférer l’intitulé « modalités pratiques de la mise en oeuvre de l’accord » en lieu et place d’ »Arrangement particulier ».

Après avoir rappelé que l’Accord s’articulait sur trois piliers (la décrispation politique, le suivi du processus électoral via le CNSA et le mode de désignation du Premier ministre), il ne restait plus que la nomination du Premier ministre. « Après le décès d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba, la mouvance kabiliste et une partie de l’opposition ont soulevé des questions sur le CNSA, dit-il, alors que tout a été réglé sauf le mode de désignation du Premier ministre ».

Pour Sesanga, « Joseph Kabila » a raté l’occasion de s’élever au-dessus de la mêlée en se comportant en « grand commun diviseur ». Il accuse celui-ci d’avoir sorti une aile dissidente du Rassemblement « tout droit du Palais de la nation ». « C’est pourquoi le Rassemblement avait refusé d’aller au rendez-vous fixé par un Joseph Kabila qui a changé d’interlocuteur ».

Selon lui, « Kabila » a nommé le Premier ministre Bruno Tshibala en violation de l’Accord. Et ce dans la mesure l’Arrangement particulier n’avait pas encore été signé. Il a, par ailleurs, révélé le texte qui a été signé le 27 avril n’a rien avoir avec le document négocié. L’accord et l’arrangement auraient été « détricotés ».

Après avoir relevé que le pouvoir kabiliste affiche une « triple faillite » au plan économique, politique et sécuritaire, Delly Sesanga a fait remarquer que c’est sur les conseils de la communauté internationale que le Rassemblement avait opté pour des négociations afin d’éviter un bain de sang. Selon lui, « Joseph Kabila voudrait entraîner le pays dans le chaos ».

Et maintenant? Lors du jeu de questions-réponses, toutes les interventions ont tourné autour des perspectives. « Les Congolais doivent continuer à exiger l’application de cet Accord », a conclut Sesanga. « Notre arme, c’est la Constitution; notre armée c’est la population », a enchaîné Lutundula.

Répondant aux intervenants qui suggéraient le lancement de la lutte armée. Lutundula de glisser : «Ce n’est pas dans une salle comme celle-ci qu’on va annoncer le lancement de la lutte armée…». Une chose paraît sûre : le Rassemblement se trouve à l’heure du doute. Aussi, tente-t-il de remobiliser les Congolais.

B.A.W/CI

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