Le siège de l’ex-Banque Congolaise «squatté» par l’ANR ? – LeCongolais v2.7




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Publié: 12 août 2012

Le siège de l’ex-Banque Congolaise «squatté» par l’ANR ?


Selon des sources bien informées, sur ordre du très redouté Kalev Mutond, administrateur directeur général de l’Agence nationale des renseignements (ANR), le liquidateur de l’ex-Banque Congolaise (BC), Elvis Mutiri wa Bashara, a été sommé de vider les lieux. Motif : l’immeuble ex-UZB aurait été attribué à l’Agence. Par qui et en vertu de quel principe? Toute la question est là.

Déclarée en faillite en janvier 2011, la Banque Congolaise, présentée jadis comme la deuxième banque privée du pays, est en cours de liquidation. «Opérations préliminaires à un partage consistant à apurer le passif, faire les comptes entre les intéressés, régler les affaires courantes», disent les experts. Depuis plusieurs mois, un liquidateur est occupé à inventorier les dettes mais aussi les biens meubles et immeubles de cet établissement afin de les «réaliser» pour désintéresser les différents créanciers.

A la surprise générale, le liquidateur désigné par la Banque centrale du Congo a vu surgir récemment des agents des «services» lui intimant l’ordre de «dégager» le lieu. Il faut dire que l’ANR – dont les méthodes n’ont rien à envier à celles d’une police politique – ne rend compte de ses activités qu’à « Joseph Kabila ». Joignant le geste à la parole, la haute direction de l’ANR a déjà commencé l’érection d’une clôture tout autour du bâtiment. Qui a attribué ce bien litigieux appartenant à une entreprise privée à l’ANR? Mystère. Il semble que le Premier ministre Augustin Matata Ponyo n’est au courant de rien. Le gouverneur de la Banque Centrale du Congo, Jean-Claude Masangu Mulongo, n’en sait pas plus. Selon des sources, celui-ci aurait écrit au président de la République ainsi qu’au «Premier» Matata afin d’y voir plus clair.

C’est le lieu de revenir sur l’histoire de cette banque privée aux méthodes peu orthodoxes. La BC a vu le jour après la liquidation à la fin des années 80 de l’Union zaïroise des banques (UZB). Après la «libération» du 17 mai 1997, la BC a été reprise par le Franco-Libanais Roger Alfred Yaghi. L’homme est marié à une Congolaise affublée du titre de Consul de la RD Congo à…Beyrouth, au Liban. Elle a été nommée par le « raïs ». Himself. Inutile de dire que Yaghi a – avait? – le bras long.

Actionnaire minoritaire (10%), l’Etat congolais n’a curieusement jamais désigné un représentant pour occuper le poste d’administrateur qui lui était reservé. Qui sont les autres actionnaires ? Selon des sources, Jean-Claude Masangu et Yaghi détenaient la majorité des parts à travers la société «Swift International» dont le siège serait dans l’Etat de Delaware aux Etats-Unis d’Amérique. « Il n’y a rien d’illégal » estime un analyste.

La BC avait cependant très mauvaise presse. Elle était suspectée de faire du «blanchiment» des narcodollars en provenance notamment de la partie australe du Liban, fief du mouvement extrémiste Hezbollah. Des voix s’étaient élévées pour critiquer l’absence « d’éthique banque » dans cet établissement. Directeur des ressources humaines, John Lumbala Tshidika a été arrêté par des agents de l’ANR, le 7 décembre 2008. Et ce, pour avoir critiqué à haute et intelligible voix les pratiques maffieuses qui y régnaient. Une source raconte : «Au moment de sa faillite, la Banque Congolaise devait à la Banque centrale du Congo près de 30 millions de dollars. Il s’agit de l’argent reçu à la chambre de compensation. Comment cela a-t-il pu être possible alors que les experts de la BCC avaient émis des réserves sur la fiabilité de cette banque?» Un agent de la BCC pointe un doigt accusateur en direction de Masangu : «En 2008, la BC a publié un bilan certifié. Comment peut-on expliquer que dès 2009, des bruits faisaient déjà état de sa banqueroute ? Le gouverneur Masangu pouvait-il ignorer la gestion très peu orthodoxe de son ami Yaghi ?»

Selon un fonctionnaire du ministère des Finances joint au téléphone à Kinshasa, la BC était « spécialisée » dans le rachat de «créances toxiques». L’homme explique : «Monsieur X détient une créance sur l’Etat. Pour accélérer le paiement, il lui était conseillé d‘ouvrir un compte à BC. Celle-ci contactait les fonctionnaires compétents au ministère des Finances. La somme due est versée dans le compte du client. La BC perçoit sa commission sans oublier les fonctionnaires ayant facilité l’opération. Bref, tout le monde est content». Il semble que l’opération n’est pas contraire au droit. Sauf naturellement la corruption des fonctionnaires des Finances.

Depuis l’arrestation de Yaghi, des observateurs s’étonnent que Masangu ne soit nullement inquiété par la justice. «Le dossier de la Banque Congolaise a toujours été géré directement par le gouverneur, dit un agent de la BCC. Plusieurs rapports d’inspections faites par la direction de Surveillance des banques et établissements financiers étaient gelés au niveau du même gouverneur». A en croire notre interlocuteur, l’achat même de la Banque Congolaise par un sujet libanais au détriment des autres prétendants congolais «n’a été possible que grâce à la connivence entre Masangu et Yaghi.» «La liquidation de la BC vise sans doute à dissimuler les cadavres qui sont dans les placards dont de nombreuses transactions illégales et criminelles.» Il semble bien que Yaghi avait l’habitude d’«arroser» non seulement les « enfants de… » mais aussi les « épouses de… ». Selon des indiscrétions, Raymond Tshibanda Mulongo, alors directeur du cabinet présidentiel, serait un des grands bénéficiaires des « largesses » du Libanais. « Il aurait reçu plusieurs crédits non remboursés ». Il est vrai que tout ceci ne donne pas la réponse à la question cruciale : Qui a attribué à l’ANR l’immeuble à liquider qui servait de siège à la Banque Congolaise?

B.A.W /CI

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