Les jeunes de l’Est ne croient pas aux négociations
Le sommet de Kampala s’est achevé mercredi sans qu’aucune solution n’ait été trouvée pour mettre fin au conflit du M23. Les négociations pour la création d’une force militaire neutre ont été repoussées au 15 août, mais les jeunes de Goma n’y croient plus et veulent une prise de position forte de la communauté internationale.
Depuis deux semaines, la population du Nord-Kivu vit dans l’attente. Les rebelles du mouvement M23 observent une trêve tacite dans les combats, en attendant le résultat d’une série de négociations entre les Etats membres de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) pour trouver un moyen de mettre fin au conflit qui ravage le Nord-Kivu depuis le mois de mai.
Mais les sommets et conférences se succèdent sans qu’aucune solution concrète ne soit trouvée et la population redoute la reprise des affrontements.
« C’est de la poudre aux yeux, les négociations sont là pour nous distraire », s’exclame Joseph, un étudiant de 21 ans.
Négociations faussées
Pour la jeunesse de Goma, les négociations sont faussées d’avance, car les Etats voisins de la RDC ne souhaiteraient pas la paix dans l’est de ce pays.
« L’Ouganda, le Rwanda et le Burundi sont malhonnêtes. Nous savons que ces trois pays sont ennemis de la RDC. Ils s’allient contre nous pour maintenir leurs intérêts au Nord-Kivu », dit Rodrigue, un autre étudiant de 22 ans.
Accusé de soutenir le M23, le Rwanda avait pourtant consenti à la création d’une force militaire neutre dont la nature exacte devait être débattue lors du sommet de Kampala le 6 et 7 août.
Mais mardi les représentants congolais et rwandais n’ont pas su se mettre d’accord. La RDC plaide un renforcement du mandat et des troupes de la MONUSCO, le contingent de l’ONU en RDC, alors que le Rwanda demande la création d’une force armée régionale soumise à un comité dont le Rwanda et l’Ouganda feraient partie.
Étant donné les accusations qui pèsent contre le Rwanda, et plus récemment contre l’Ouganda, la neutralité d’une telle force serait fortement compromise. La RDC a donc refusé et une nouvelle date de négociations a été fixée pour le 15 août à Addis Abeba.
« Ces négociations n’aboutiront à rien, il faut que la communauté internationale s’en mêle car nous parlementons avec les mauvaises personnes, celles-là mêmes qui nous veulent du mal », dit Faisa, une enseignante de 30 ans.
Mobilisation trop faible
Certains jeunes estiment que la mobilisation de la communauté internationale est trop faible depuis le début du conflit. Plusieurs pays donateurs comme l’Allemagne et les Pays-Bas ont suspendu leur aide au Rwanda suite à la publication d’un rapport de l’ONU accusant ce dernier pays de soutenir les rebelles. Néanmoins, le M23 a enchaîené les succès militaires et se trouve aujourd’hui à moins de 30 kilomètres de Goma.
« La suspension de l’aide, ce n’est pas suffisant. L’argent que le Rwanda se fait en exploitant nos minerais compense cela largement. Les sanctions, ça ne suffit pas, il y a des gens qui souffrent », estime Rodrigue.
À la suite des combats, des milliers de personnes ont été déplacées et se sont réfugiées dans des camps en Ouganda, au Rwanda et aux abords de Goma, la capitale du Nord-Kivu.
« Nous avons fui il y a un mois, sans rien emporter. Aujourd’hui, nous dormons dehors et manquons de quoi manger », raconte Odette, 35 ans, installée dans le camp de Kanyaruchinya, près de Goma. « Si le M23 vient jusqu’ici, nous n’aurons pas d’autre choix que de fuir de nouveau ».
Semblant de répit
Depuis deux semaines et le début des négociations, une pause dans les combats a donné un semblant de répit à la population en fuite. Le M23 dit attendre le résultat des négociations pour « donner une chance à la diplomatie ».
Mais les délais interminables pourraient bien éroder leur patience. La reprise des combats entraîenerait de nouveaux mouvements de population dans un pays où l’on compte déjà 2 millions de déplacés et où les fonds consacrés aux situations d’urgence sont déjà insuffisants.
« Peut-être que les pays donateurs pourraient nous donner l’argent qu’ils prévoyaient de donner au Rwanda et qu’ils ont suspendu ? Ça, ça serait vraiment bien comme geste », propose Clarisse, 20 ans, comme un bonne blague à faire au Rwanda.
Une idée qui n’est pas si saugrenue, lorsqu’on y réfléchit bien.
MÉLANIE GOUBY/RNW
















