Marche de l’opposition – La garde prétorienne de « Kabila » a utilisé des balles réelles

La capitale congolaise a vécu lundi 10 avril une ambiance de « journée ville morte ». Selon des témoins, dans certaines communes kinoises, la population aurait affronté des éléments de la garde prétorienne de « Joseph Kabila » déguisés en policier. Des sources font état de plusieurs arrestations et des blessés. Pour des observateurs, la mort d’Etienne Tshisekedi et la défection de plusieurs cadres de l’UDPS de premier plan pourraient affaiblir gravement le Rassemblement. Pour ces observateurs, ce groupement né à Genval est « condamné » à changer radicalement de stratégie en se dotant d’une « branche armée ».

La manifestation organisée lundi 10 avril par le Rassemblement n’a pas connu le succès escompté. « Trop de manifestations tue la manifestation », est-on tenté de dire. Pour ne parler que de Kinshasa, la ville était quadrillée par les forces dites de sécurité. Des témoins assurent avoir reconnu des «connaissances» appartenant à la garde prétorienne de «Joseph Kabila» habillés en policier.

Selon une source, deux policiers auraient été « brûlés vifs ». L’information n’a pas été confirmée par des témoins directs. On apprenait dans la soirée que les forces dites de sécurité auraient tiré à balles réelles notamment dans la commune de Lemba et au niveau du Rond-Point Ngaba. On dénombrerait plusieurs arrestations. C’est le cas également à Yolo.

Selon un médecin kinois qui a requis l’anonymat, au moins deux agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR) ont été admis dans un centre hospitalier. Ils ont été victimes des « balles perdues » tirées par des policiers.

Dans un « Flash » publié dimanche 9 avril, notre journal avait prévenu que les « services » allaient infiltrer des « agents provocateurs » dans les rangs des manifestants. Ceux-ci ont été canalisé du fait qu’ils marchaient en colonne au lieu de s’éparpiller sur plusieurs axes.

De l’avis général, la capitale congolaise affichait le « visage » habituel d’une « journée ville morte ». Les manifestants n’ont pas atteint leur objectif consistant à marcher du boulevard Triomphal jusqu’au Palais de la Nation.

Dimanche dans l’après-midi, des informations contradictoires ont circulé sur Félix Tshisekedi Tshilombo. « Il a quitté Kinshasa pour Addis-Abeba », disaient certains. Sur les réseaux sociaux, d’autres ont affiché la photo de « Félix » en tête d’un groupe des « marcheurs ».
« Plutôt que de rester en RDC pour manifester, M. Tshisekedi s’est envolé dimanche après-midi pour Addis Abeba », ironisait une dépêche de l’AFP.

Selon des sources proches de la Présidence de la République, le duo Félix Tshisekedi-Moïse Katumbi se trouve plus que jamais dans le «viseur» des séides du pouvoir kabiliste. Les deux hommes sont considérés comme un obstacle qui empêche « Kabila » d’avoir « le sommeil du juste ». «Félix et Moïse auraient tort de prendre cette situation à la légère. Le président Joseph Kabila a mis leurs têtes à prix. Il avait mobilisé lundi des agents chargés de ‘piquer’ Félix lors de la marche… », assurent-elles. Félix a-t-il été mis au parfum de ce «complot» ?

« Guerre triangulaire»

On assiste désormais à une sorte de «guerre triangulaire». La première est fratricide. Elle oppose les cadres de l’UDPS restés fidèles à Limete à ceux qui ont accepté de prendre la « main tendue » du pouvoir kabiliste. «Kabila» dispose désormais d’une mine d’informations sur ses « meilleurs adversaires». La deuxième met le Rassemblement face à « Kabila ».

Lundi 10 avril, quelques caciques de la mouvance kabiliste buvaient du petit lait suite à « l’échec » de l’appel à manifester lancé par le Rassemblement. C’est le cas notamment du secrétaire général de la MP et président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku. Il en est de même du ministre de la Communication et des médias Lambert Mende Omalanga.

En marge de la manif’ ratée, il faut bien noter le tollé d’indignation suscité par la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier ministre. Le ministère français des Affaires étrangères a estimé que cette décision – prise en violation de l’Accord du 31 décembre – est «porteuse de graves risques pour la stabilité et l’avenir du pays ». Une position identique a été exprimée par le représentant de l’Union Européenne à Kinshasa. Au grand dam du ministre She Léonard Okitundu qui n’a trouvé comme argument que celui de rappeler naïvement qu’il n’y a pas de
«lien de subordination » entre le Congo et les « 27 ». Un étudiant en relations internationales aurait trouvé mieux.

Pour les observateurs, la mort d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba suivie par la défection de certains membres de premier plan de l’UDPS est en passe d’affaiblir gravement la coalition née le 10 juin 2016 à Genval. Une chose paraît sûre : « Joseph Kabila » est décidé à empêcher l’UDPS à faire descendre la population dans la rue. « Le Rassemblement doit changer de stratégie ou disparaître, conclut un analyste ». En faisant quoi ? « Il n’y a pas trente-six solutions : l’opposition doit se doter d’une branche armée… ».

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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