Production – Un espoir de transformation locale du cacao

Samedi 6 décembre 2017, dans un entrepôt en plein cœur du quartier industriel de Kingabwa à Limete, des sacs de cacao et de café sont prêts à être exportés à un client étranger depuis Kinshasa.

Toutefois, ils doivent passer le test qualité de l’Office national de contrôle (OCC) avant les formalités d’octroi de la licence d’exportation. Le vieil édifice impressionnant est l’un des nombreux vestiges d’un passé prospère dans le secteur des cultures d’exportation. Pour rappel, la RDC propose plus de 2 000 opportunités aux investisseurs agricoles dans ses filières agricoles les plus porteuses.

La RDC n’a pas été que pays exportateur des minerais et du brut, représentant 95 % de ses exportations en 2016. Dans les années 1960, près de 4 millions de tonnes constituées de caoutchouc, de café vert, d’huile de palmiste, du son de blé, des tourteaux de palmiste, du cacao, thé, palmiste et des bananes ont quitté le pays pour l’étranger, un record dans l’histoire de la RDC post-indépendance. Mais la production nationale a chuté de manière drastique, entraînant les exportations en-dessous de la barre inquiétante de 50 000 tonnes en 2000. Ces dernières années, l’agriculture dans son sens large a commencé à remonter progressivement la pente. Selon les statistiques de la Banque mondiale, le secteur agricole a contribué en 2015 à hauteur de 11 % à la croissance congolaise, contre 18 % pour les mines, 21 % pour les industries manufacturières et 22 % pour le commerce de gros et de détail. Et la tendance à la hausse aurait pu être plus prononcée au regard de la fraude massive. Rien que dans le Nord-Kivu, la société civile de Beni a signalé des pertes de 1 321 tonnes de cacao et café depuis le début de 2017. Comme quoi, le secteur minier a cessé d’être le moteur de la croissance congolaise.

Répondre au standard international

Ce samedi avant-midi, à Kingabwa, plusieurs tonnes de cacao et de café sont préparées à l’exportation. Toutes les informations utiles sur le produit dont les symboles de la République, le code du client et la provenance exacte sont reprises sur chaque sac. « Il est important de se démarquer ainsi des produits camerounais et ivoiriens », explique Jean, un spécialiste joint sur place. Ces sacs remplis de cacao proviennent des coins les plus reculés du pays : Equateur; Inongo; Mai-Ndombe; Kiri; Mbandaka; Bikoro; Lokolela; Sud-Ubangi; Boma etc. Mais avant de quitter le sol congolais, un contrôle de qualité est effectué dans l’entrepôt même par l’OCC, ultime étape avant les formalités administratives d’octroi de la licence d’exportation. En effet, il y a plus de 500 sacs entreposés provenant de l’intérieur du pays, affichant au départ un taux d’humidité très élevé par rapport à la norme. Aussi l’entrepôt est-il tenu à une certaine chaleur pour éliminer cette humidité. Il s’agit d’un travail à la chaîne réalisée, depuis le site de production jusqu’au stockage à Kinshasa, par une équipe capable de produire un cacao qui répond aux normes internationales. « Nous avons formé les fermenteurs grâce à des projets, dont certains ont été financés directement par les partenaires au développement. Cette formation s’est étendue jusqu’aux cultivateurs ».

Sur place, le gigantesque entrepôt offre un abri adapté à la conservation des marchandises jusqu’à leur exportation. Comme le révèle Jean, une société locale spécialisée dans les produits manufacturiers, en partenariat avec des experts asiatiques, a pris des échantillons pour arriver à monter une usine de transformation de cacao en RDC. Un défi important et, la bonne nouvelle est le résultat plutôt intéressant de ces recherches encore confidentielles. La tentative s’avère très budgétivore mais la transformation locale va apporter une valeur ajoutée à un produit exporté depuis les années 1960 de manière brute.

Revitaliser la production locale

Par ailleurs, le gouvernement réfléchit également sur des défis futurs à relever dans ce domaine. Il y a, par exemple, le projet d’installation des pépinières communautaires des cultures appropriées dans chaque territoire, dont le café, le cacao, le palmier à huile, le thé et l’hévéa. Il est prévu de recourir à des clones améliorés dans différents groupements et collectivités afin d’assurer une meilleure sensibilisation des paysans. Au regard de l’état d’abandon de la plupart des plantations de cacao, il est impérieux d’attirer un maximum d’investissements directs étrangers dans ce domaine. Pour redynamiser cette culture, il faut songer à octroyer d’importants crédits aux opérateurs locaux. Parmi les contraintes majeures, plusieurs sources parlent de la présence d’expatriés opérant illégalement dans le cacao à l’intérieur du pays. Au-delà, il y a le paiement de multiples taxes et autres frais dont ceux liés aux formalités d’exportation atteignant parfois les 13 000 dollars américains USD. Plus ahurissant, l’importation des sacs d’entreposage qui coûte localement plus de 4 dollars pièce. Voilà autant de points sur lesquels les opérateurs attendent des réponses durables des autorités gouvernementales.

FE/LDDBV

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