Que s’est-il passé à l’université de Kinshasa?

Dans la soirée de jeudi 20 juillet, on apprenait, via les réseaux sociaux, que des « tirs intenses » étaient entendus à l’Université de Kinshasa (Unikin). Des policiers avaient fait une descente au campus. Selon des sources, des accrochages se seraient poursuivis vendredi entre des policiers et des étudiants. Au JT de 13.30, la télévision d’Etat (RTNC) a donné lecture d’un communiqué rédigé par le porte-parole de la Police nationale, le colonel Pierrot Mwanamputu. Celui-ci a fait état de l’arrestation d’un certain Ben Tshimanga wa Tshimanga qui serait présenté comme le « cerveau moteur » des récentes attaques à plusieurs endroits de la capitale. Bilan: plusieurs blessés légers et plusieurs véhicules incendiés.

« La situation à l’Université de Kinshasa est sous contrôle ». C’est la substance d’un message émis vendredi 21 juillet par le ministre de l’Enseignement supérieur, l’ex-opposant Steve Mbikayi. Le passage précité a été repuis au JT de la RTNC à 20 heures.

Vendredi 14 juillet, des individus non identifiés ont abattu Chantal Mboyo, administratrice du Marché central de Kinshasa, sur son lieu de travail. Pour les observateurs, il s’est agi d’un crime prémédité aux allures d’un règlement de comptes.

A en croire le colonel Pierrot Mwanamputu, un des assaillants avait été appréhendé. Après interrogatoire, l’homme aurait fourni des informations utiles ayant conduit la police vers le « cerveau moteur ». Les policiers ont été déployés au campus de l’Unikin dans ce but.

Selon Mwanamputu, un certain Ben Tshimanga wa Tshimanga a été interpellé à l’Unikin. En méconnaissance totale de la présomption d’innocence, le porte-parole de la police nationale n’a pas hésité de présenter ce suspect comme étant la « pièce maitresse » de l’attaque survenue le 17 mai à la prison centrale de Makala et plus tard dans deux commissariats de police.

Tous ces événements, auxquels il faut ajouter l’insécurité à Fizi (Sud Kivu) et à Beni (Nord Kivu), ont engendré une véritable psychose. Les Congolais aux quatre coins du pays vivent dans la peur. Ils ont peur non seulement des bandes armées et autres voyous mais aussi des membres de la force publique (armée, police, services de renseignements). Un seul mot revient désormais dans toutes les bouches : incertitude.

Dans un communiqué daté de vendredi 21 juillet, l’association de défense des droits humains « La Voix des Sans Voix pour les droits de l’Homme » se dit « vivement préoccupée » et donne sa part de vérité sur les événements de l’Université de Kinshasa.

Tirs à balles réelles

Selon la « VSV », tout a commencé par l’ »enlèvement », jeudi, de deux étudiants par trois hommes en tenue civile. L’un des étudiants répondrait au nom de Freddy Kambelo. Les faits se sont passés dans l’enceinte du campus.
« (…). Pour se frayer le passage, les ravisseurs ont tiré des coups de feu en l’air tout en se dirigeant vers l’Intendance de l’Unikin ».

La VSV de poursuivre : « alertés, les autres étudiants ont décidé de manifester, vendredi 21 juillet pour dénoncer l’insécurité causée par les hommes armés à travers les incursions récurrentes et enlèvements des étudiants par des policiers, militaires et services de sécurité dans le site de l’Unikin et exiger ainsi la libération sans condition de leurs collègues ».

A en croire cette association de défense des droits humains, une déclaration faite, vendredi, par le ministre Mbikayi est venue mettre le feu aux poudres. Celui-ci aurait affirmé sur les antennes d’un média kinois que l’individu arrêté sur le campus « n’était pas un étudiant ».

Sur son compte Twitter, Ida Sawyer, directrice Afrique centrale de l’ONG Human Right Watch (HRW) note que « des policiers ont tiré des balles réelles » et lancé des grenades lacrymogènes pour disperser les étudiants qui s’opposaient à l’ »enlèvement » d’un de leurs collègues.

Dans une déclaration faite dans la soirée de vendredi sur une télévision kinoise, le ministre Mbikayi a soutenu le contraire. Selon lui, « la police n’a pas tiré à balles réelles ». Après avoir reconnu aux étudiants le droits de manifester la solidarité envers l’un de leurs camarades, l’ancien opposant devenu membre du gouvernement dit redouter que les étudiants fassent l’objet d’une « intoxication » voire dune « récupération politicienne ».

Dans la soirée de vendredi, la tension restait palpable au campus de Kinshasa. A tort ou à raison, d’aucuns voient, à travers les échauffourées du Mont Amba, un mauvais signal lancé par le commissaire divisionnaire adjoint Sylvano Kasongo. Celui-ci vient de succéder au général Célestin Kanyama, alias « Esprit de mort ». « Kanyama est parti mais le système fait d’autoritarisme, de brutalité et d’arbitraire reste bien en place », glisse un analyste.

B.A.W/CI

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