Réflexions sur le projet de balkanisation de la RDC – Géoéconomique et géopolitique – LeCongolais v2.7




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Publié: 10 fév 2012

Réflexions sur le projet de balkanisation de la RDC – Géoéconomique et géopolitique


La balkanisation de la RDC est traitée ici comme un processus, comme une chose aujourd’hui en mouvement après avoir été conçue. Sa conception ne date pas d’aujourd’hui. Nous en voulons pour preuve les propos ci-après du premier Premier ministre de la RDC, Patrice-Emery Lumumba, diffusés plusieurs fois par jour par Télé 7, une chaîne de télévision fonctionnant en RDC :

«Le complot était déjà fait; le plan était déjà établi; c’est d’imposer un gouvernement contre la volonté du peuple; la Belgique désire balkaniser le Congo; l’éclatement du Congo, c’est demain».

… Bien que les propos de Patrice-Emery Lumumba remontent aux années 1960, l’idée de balkaniser la RDC tire son origine à la Conférence de Berlin de 1885 dont l’Acte général est la colonisation et le partage de l’Afrique par les pays occidentaux en considérant ce pays comme un grand marché des puissances occidentales. Seulement, en tant que colonie belge, après avoir été propriété privée de Léopold II, ex-Roi des Belges, le Congo n’était pas balkanisé à proprement parler bien que la Belgique prenait ses richesses, le pays n’ayant pas été souverain.

Et, le fait de considérer la RDC comme un grand marché des puissances occidentales explique l’internationalisation rapide des problèmes congolais par ces puissances avec la Belgique en tête, les Congolais ne sachant pas s’imposer sur le plan international. Régentées par quelques pays occidentaux, en l’occurrence la Belgique, quelques tentations de balkanisation géopolitique et géoéconomique de la RDC ont eu lieu immédiatement après son indépendance en 1960 avec les guerres de sécession au Katanga et au Sud-Kasaï.

La marche de la balkanisation de la RDC (*)

Venant par plusieurs voies et passant par divers mécanismes et tactiques ayant un cerveau moteur, le projet de balkanisation de la RDC date de longtemps; mais, passant par les accords dits de Lemera, au Sud-Kivu, son activation commence avec l’histoire de Nkundabatware, derrière qui se trouvent le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, des pays occidentaux comme la Belgique, la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis d’Amérique et le Canada regroupés dans la communauté internationale. Une affaire des pays riches et les multinationales de ces pays. Nous savons qu’élaboré par Hermann Cohen, ex-sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines de l’administration américaine, le Plan Cohen mentionne que la RDC doit partager ses ressources naturelles avec le Burundi et le Rwanda. Récemment, Nicolas Sarkozy, président de la République française, a déclaré que la RDC devait partager ses ressources naturelles avec le Rwanda et ses autres voisins. Quel pays du monde donne une partie de ses richesses à un autre pays?

On comprendra pourquoi le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda se comportent à l’égard de la RDC comme des territoires d’outre-mer de la communauté internationale telle que considérée ici. Pourquoi certains pays occidentaux, la Belgique en tête, ont ouvert des consulats dans l’Est de la RDC et pourquoi celle-ci ne s’y est pas opposée? Curieusement, malgré les propos ci-dessus de Hermann Cohen et de Nicolas Sarkozy, ce dernier est venu en RDC où il a marché sur tapis rouge et été frénétiquement applaudi au Palais du peuple par les députés, les sénateurs, les membres du gouvernement… alors que ces propos sont injurieux à l’endroit de la RDC et traduisent des velléités de balkaniser ce pays! Il faut éviter de marcher avec la tête et réfléchir avec les pieds. Pourquoi Karel De Gucht, commissaire européen au Développement, et l’Union européenne derrière lui, dit qu’il n’y a pas en RDC un interlocuteur avec lequel traiter?

Deux formes de balkanisation

La balkanisation peut être géopolitique ou géoéconomique. Elle est géopolitique quand une partie d’un territoire ou d’un Etat est démembrée de celui-ci et passe sous le contrôle politico-administratif d’un autre Etat. La ruée des populations rwandaises vers le Nord-Kivu et le Sud-Kivu procède des velléités du Rwanda de pratiquer cette forme de balkanisation. La balkanisation est géoéconomique lorsqu’une partie d’un territoire ou d’un Etat, sans être démembrée de ce dernier, est économiquement exploitée par un autre Etat, d’autres Etats, une entité étrangère ou des entités étrangères. Ce qui est le cas pour la RDC et justifie la déstabilisation de sa partie Nord-Est par le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda pour fatiguer les populations de cette partie avec continuellement des mouvements d’exil.

Cette déstabilisation se fait avec la complicité de certains Congolais vivant à l’étranger et au pays dont certains sont même dans les institutions de l’Etat où ils s’enrichissent au détriment de la population en l’amenant à s’occuper de sa survie quotidienne, et donc à ne pas penser RDC et développement de celle-ci. Pourquoi le gouvernement et le parlement de ce pays ne situent-ils pas la question de la balkanisation de celui-ci au centre de leurs préoccupations ? Pourquoi ce parlement donne-t-il l’air d’être distrait au sujet de la question de la double nationalité de certains de ses membres, en majorité rwandais ?

Dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les ressources naturelles, notamment l’or, la cassitérite, le diamant, le coltan, le gaz méthane et le bois, sont exploitées par le Rwanda. L’Angola exploite le pétrole de la RDC dans la province du Bas-Congo. L’Ouganda exploite le diamant et l’or de la RDC dans la Province Orientale. Les rebelles ougandais de LRA pillent diverses ressources naturelles de cette même province et nous nous demandons s’ils n’ont pas l’intention d’occuper une partie de cette province où ils détruisent des villages et massacrent les populations.

Venus en RDC pour soutenir le régime de Laurent-Désiré Kabila, les militaires du Zimbabwe pillaient le cobalt et le cuivre de la province du Katanga ainsi que le diamant des provinces du Kasaï Oriental et du Kasaï Occidental; ceux du Tchad pillaient le café et le bois de la province de l’Equateur et ceux de l’Angola ne manquaient pas leur part dans le pillage des ressources naturelles de la RDC. Il y a quelque temps, pour le contrôle des gisements diamantifères de la Province Orientale, la ville de Kisangani a été détruite, à plus de 40%, par les affrontements opposant les armées d’occupation rwandaise et ougandaise. Quid de l’exploitation, depuis des décennies, du gisement de pétrole de Muanda, dans le Bas-Congo?

… Il n’y a pas longtemps, dans le Sud-Kivu, renforcées par les éléments de FNL-Burundi, les FDLR ont eu des combats atroces avec les FARDC. La finalité de ces combats est la balkanisation de la RDC. N’est-ce pas que, par une motion incidentielle adressée à l’Assemblée nationale par les députés nationaux sud-kivutiens, ces derniers ont récemment fustigé le fait que la hiérarchie militaire des FARDC et le gouvernement ne font rien de mieux pour instaurer la paix, une paix durable, dans leur province, le dépeuplement des autochtones de cette province et le retour massif dans ladite province, avec du bétail, des prétendus Congolais qui étaient réfugiés au Rwanda en craignant des conflits fonciers dans l’optique de la balkanisation, au moins géopolitique, de la RDC.

Les initiateurs du projet de balkanisation de la RDC justifient ce projet par deux raisons majeures : l’étendue géographique et la densité de la population et deux raisons secondaires : la montée de l’ethnicisme et l’abondance des ressources du sol et du sous-sol. Ils considèrent, en effet, que la difficulté de gouverner la RDC est due à sa grandeur géopolitique et à la forte densité de sa population. Ce qui, soutiennent-ils, suscite des conflits interethniques et rend difficile la gestion des ressources naturelles. Ils affirment ainsi qu’en Afrique, seuls les petits Etats sont bien gouvernés.

Les grands Etats africains qui sont visés sont la RDC, le Soudan, le Nigeria et l’Angola, tous pays de l’Afrique subsaharienne, alors qu’il y a aussi des Etats aux ressources immenses et géographiquement grands. Petits Etats, le Kosovo, la Géorgie, la Biélorussie et la Tchétchénie sont-ils bien gouvernés?

Un vieux projet de partition de la RDC

Il a sa motivation, ses objectifs ou ses résultats attendus et ses mécanismes, pour ce faire. Il est en contradiction avec celui de l’Union africaine qui veut, ne serait-ce que sur papier, tout ce qu’elle fait concrètement n’étant que la prise des résolutions et la production des rapports, bons pour les tiroirs, accélérer le développement de l’Afrique en le reposant sur l’intégration politique et économique, à travers les organisations régionales et sous-régionales qu’elle crée continuellement. Ce projet ne renferme- t-il pas l’idée d’un retour, partiel soit-il, à l’Acte général de la Conférence de Berlin de 1885 ?

Faut-il instaurer la paix et la démocratie au Rwanda sur le dos de la RDC, c’est-à-dire en créant la confusion et le désordre dans ce dernier pays ? N’est-ce pas que la venue des génocidaires rwandais (les Forces armées rwandaises (FAR) et les milices Interahamwe hutu de l’ex-président du Rwanda, feu Habyarimana, devenues aujourd’hui FDLR), avait été conseillée, en son temps, à celle-ci par la fameuse Communauté internationale? Pourquoi alors cette communauté joue-t-elle au pompier pyromane et pourquoi n’aide-t-elle pas la RDC à faire rentrer ces Rwandais chez eux si ce conseil n’était pas hypocrite ou un piège? Le Rwanda et les FDLR n’auraient-ils pas de stratagèmes pour faire perdurer la présence de celles-ci en RDC et le pillage des ressources naturelles de ce pays?

Conclusion

Le projet de balkanisation de la RDC est effectif sur le plan géoéconomique et, en gestation, sur le plan géopolitique. Ceux qui considèrent que ce projet est un rêve ou une idée chimérique soit sont en train de rêver, soit ignorants ce qu’est la balkanisation, soit encore cherchent à distraire les Congolais. Ce projet, au plan géopolitique, bute à la volonté des populations congolaises, particulièrement celles du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, de ne voir aucun cm² de leur territoire leur échapper. Les preuves sont, entre autres, la lutte menée par les populations de ces deux provinces contre l’envahissement de ces dernières par des groupes ethniques venus du Rwanda et le sort réservé aux éléments de l’armée rwandaise dans les communes de l’arrière-pays de la ville de Kinshasa au moment de la tentative de prise de cette ville par cette armée en 1998.

Ledit projet est suicidaire pour la RDC et doit, de ce fait, être publiquement dénoncé et/ou combattu par tous les moyens, bec et ongles y compris. Il a des effets comparables ou identiques à ceux d’un crime contre l’humanité et d’un génocide. La responsabilité de cette dénonciation et de ce combat incombe principalement aux élites intellectuelle et politique congolaises, mais aussi au gouvernement et au parlement de ce pays, ce dernier souffrant d’un manque criant de leadership politique. La finalité du projet de balkanisation de la RDC est d’empêcher celle-ci de devenir une puissance, susceptible d’entraîner avec elle d’autres pays africains comme l’Angola, le Nigeria …

Les intertitres sont de la Réaction

MBAYA MUDIMBA, professeur ordinaire à la Faculté des sciences sociales à l’Université de Kinshasa in Beni-Lubero Online, mars 2010

facebook comments:

  • http://VotreWebsite... moyo

    ok

  • francy

    Nous sommes tous des congolais mais c’est qui est deplorable, la trahison de la R.D.C vient de nos dirigeants je regrette pour mon pays la R.D.C nous sommes vendu betements aux des rwandais commme des crayon à dessiné, commme on dit en latin terrae sans lex, terre sans loi.

  • Babu

    Aucun congolais n’a participé à l’entreprise Léopoldienne de créer un grand pays au coeur de l’Afrique (RDC). C’est une honte que nous continuons à être appelés congolais comme ça càd nous sommes pour les Belges leurs sujets car cette propriété personnelle de leur ancetre été indépendant déjà avant la conférence de Berlin. J’estime que pour notre dignité et notre vrai indépendance, nous devons, sans être influencé par qui que soit, soutenir l’éclatemment de ce pays qui est géré comme une bananerai de kabila. Merci.

  • Gladys Mbayo

    Ils ne reussiront pas… Ils sous-estiment les Congolais…