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Scandale du passeport biométrique – Kinshasa dément sans convaincre

Les téléspectateurs du média d’Etat congolais « RTNC » ont pris l’habitude de voir un membre du gouvernement ou le directeur du cabinet de « Kabila » intervenir en marge du journal télévisé. Objectif : faire un démenti. Vendredi 14 avril, le vice-ministre en charge des Congolais de l’étranger s’est essayé sans convaincre sur le terrain de la communication politique. L’homme a étalé un certain amateurisme en perdant de vue une règle d’or. A savoir que toute « riposte » doit avoir pour but de « démolir » point par point les arguments du camp adverse. Emmanuel Ilunga Kasongo Ngoy a préféré la facilité en se limitant à quelques vociférations.

L’enquête réalisée par le journaliste David Lewis de l’agence britannique Reuters semble avoir provoqué un véritable électrochoc au sein de la mouvance kabiliste. Repris par le quotidien français « Le Monde » daté du jeudi 13 avril, l’article continue à faire un tabac sur les réseaux sociaux.

Vendredi, le vice-ministre chargé des Congolais de l’étranger est venu démentir les allégations contenues dans ce document. « L’information diffusée par Reuters selon laquelle la famille du chef de l’Etat se sert de l’argent du passeport biométrique pour s’enrichir est totalement fausse », dit-il en liminaire en zapant entre le « je » et le « nous ».

A en croire ce membre du gouvernement démissionnaire de Samy Badibanga, « Joseph Kabila » aurait été le premier à faire remarquer au ministre des Affaires étrangères She Léonard Okitundu le coût exorbitant du passeport congolais. « Le chef de l’Etat était étonné de constater que l’Etat n’encaissait que 65 dollars sur les 185 dollars », ajouta-t-il. Et de marteler : « Nous avons convoqué la société concernée pour examiner les termes du contrat. J’ai du mal à comprendre que Reuters qui est une agence d’un si grand pays comme l’Allemagne (sic!) puisse relayer des informations partielles en accusant la famille du chef de l’Etat sans donner des noms ni des explications cohérentes ».

Pour Emmanuel Ilunga, Reuters tente de « déstabiliser » le pays au moment où un nouveau gouvernement est en cours de gestation. « Chaque fois que nous sommes dans un élan de reconstruction, ils viennent mettre l’huile sur le feu en donnant de fausses informations et en calomniant les gens de manière à les rabaisser et les faire passer pour des inconscients, dénués de l’amour de leur patrie ».

Selon ce vice-ministre, les contrats relatifs à ce passeport seraient sur la place publique. « Vous pouvez les parcourir ». Il a omis de préciser où l’on pouvait trouver ces contrats. « Nous sommes un pays souverain », a-t-il conclu en murmurant que « nous ne sommes pas d’accord avec cette démarche consistant à calomnier et salir un gouvernement à travers le chef de l’Etat et sa famille ».

N’en déplaise à Emmanuel Ilunga, le journaliste de Reuters a cité des noms. C’est le cas
de Moïse Ekanga Lushyma et d’Emmanuel Adrupiako, tous les deux fonctionnaires à la Présidence de la République. Ils auraient fait un déplacement à Dubaï pour négocier le contrat. Le journaliste a précisé que la signature dudit contrat a eu lieu le 11 juin 2015 au ministère des Affaires étrangères. C’était à l’époque de Raymond Tshibanda. Le ministre des Finances Yav Mulang a également été épinglé d’avoir participé à la « finalisation » du contrat.

Outre le Belgo-Arménien Albert Karaziwan, patron de la société Semlex qui produit le passeport querellé, le journaliste de Reuters épingle une certaine Makolo wa Ngoy Kabila, alias Makie Makolo Wangoi qui serait la patronne de la société « LRPS » enregistrée à Ras al-Khaïmah, aux Emirats Arabes Unis. Cette dame et Karaziwan se partageraient le reliquat de 120 dollars perçus par passeport.

Dans cette enquête, on apprend également que le contrat a été conclu de gré à gré. Sans appel d’offres. De même, les correspondances de Semlex étaient adressées directement à « Joseph Kabila ». Que dire de la surfacturation?

Pour convaincre, la « plaidoirie » du vice-ministre chargé des Congolais de l’étranger devait cibler chacun des points soulevés par Reuters. Le constat est là : il n’a pas démontrer le contraire…

B.A.W/CI

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