Une mission de la SADC à la rescousse de « Kabila »

Le Congo-Kinshasa est redevenu plus que jamais le «grand malade de l’Afrique centrale». Il suffit, pour s’en convaincre de comptabiliser le nombre des missions envoyées à l’étranger pour plaider la cause d’un «Joseph Kabila» décidé à s’accrocher au pouvoir. Et ce en dépit du fait qu’il est fin mandat et inéligible. Ministre des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu vient d’effectuer une tournée africaine à la tête d’une délégation de la mouvance kabiliste notamment à Conakry (Guinée), Libreville (Gabon), Ndjamena (Tchad) et Malabo (Guinée Equatoriale).

Une délégation ministérielle de la SADC (Communauté de développement des Etats de l’Afrique australe) se trouve depuis mercredi 19 avril à Kinshasa. Elle est conduite par le ministre tanzanien des Affaires étrangères Augustin Mahiga. Mission : « consulter » les représentants des forces politiques et sociales afin de contribuer à la sortie de crise.

En fait, le but non-avoué est de « confirmer » la « régularité » de la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier ministre et d’inciter la communauté internationale à faire de même. Enfin, inviter le personnel politique à désigner le Président du Conseil national du suivi de l’accord (CNSA) de manière consensuelle et à mettre le cap vers les élections.

Logée dans un grand hôtel de la capitale congolaise, la délégation – composée de trois ministres – a eu mercredi 19 avril des entretiens avec les chefs des missions diplomatiques des pays membres de la SADC en poste à Kinshasa. Elle a échangé ensuite successivement avec une délégation gouvernementale conduite par le ministre Léonard She Okitundu et des évêques de la CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo).

Ambassadeur du Congo-Kinshasa en Tanzanie, Jean-Pierre Mutamba Tshampanga a indiqué à l’ACP que «le but poursuivi par cette délégation est d’accompagner la RDC pour la consolidation des acquis des deux accords », signés respectivement le 18 octobre et le 31 décembre 2016. «La gestion de la paix et de la sécurité d’un pays membre relève d’abord de cette organisation sous régionale avant d’être traitée par l’Union africaine et par le Conseil de sécurité de Nations Unies», a-t-il ajouté.

Les propos de Mutamba rend plus limpide le véritable but poursuivi par cette délégation. Il s’agit pour la SADC d’adouber la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier ministre par un « Kabila » qui est fin mandat et frappé d’inéligibilité. La SADC entend prendre le contre-pied de la désapprobation générale affichée par la communauté internationale au lendemain de la nomination du successeur de Samy Badibanga « en violation de l’esprit et la lettre de l’Accord de la Saint Sylvestre ». Le Conseil de sécurité des Nations Unies, en tête.

« Pouvoir discrétionnaire »

Les observateurs ne se font guère d’illusion sur l’impartialité de cette mission. Selon certaines indiscrétions, le ministre Okitundu a remis à son homologue tanzanien un mémo qui trahit la non seulement la volonté de « Kabila » à demeurer calife à la place du calife mais aussi la connivence entre les autorités congolaises et les membres de ladite délégation.

On peut y lire une longue description des péripéties ayant émaillé le dialogue politique. Et ce jusqu’au « blocage » suscité par la procédure de désignation et de nomination du Premier ministre.

Pour le gouvernement, «Joseph Kabila» doit garder son «pouvoir discrétionnaire de nomination». «Concevoir les choses autrement», lit-on, reviendrait à « transformer » ce pouvoir discrétionnaire « en simple investiture du Premier ministre en violation de l’article 78 de la Constitution».

Maniant à merveille des contrevérités, les rédacteurs de ce document notent que la CENI (Commission électorale nationale indépendante) a, au 13 mars 2017, enregistré 19.331.846 sur 41.135.072 électeurs. Au cours de ce mois d’avril les inscriptions devraient commencer dans 13 dernières provinces. La clôture de cette opération est prévue le 31 juillet 2017. Question : comment la CENI pourra-t-elle enrôler en trois mois plus de vingt millions de votants alors qu’elle a mis huit mois pour un chiffre à peine inférieur?

Qu’en est-il de la publication du calendrier électoral ? Aucune date n’est indiquée. On apprend que ce calendrier «requiert au préalable que soit validé le plan de décaissement et que soit connu le niveau de l’appui logistique international ainsi que la mise en place des autorités de la transition avec lesquelles elle doit collaborer pour l’organisation des élections ». Il s’agit du Premier ministre et du Président du CNSA (Conseil national du suivi de l’accord).

« Conforter les prérogatives constitutionnelles… »

Bien que le processus électoral se trouve bloqué par la volonté de «Joseph Kabila», le gouvernement congolais dit prendre l’engagement de «créer les conditions d’un processus électoral apaisé, crédible et transparent». De même, il s’engage à assurer «la promotion et la protection des droits de l’Homme». Quelle baliverne au moment où des experts onusiens viennent de répertorier un total de 40 fosses communes au Kasaï?

Dans l’aide-mémoire transmis au chef de la diplomatie tanzanienne, les autorités de Kinshasa mettent à nu la connivence existant avec les émissaires de cette organisation en donnant non seulement l’orientation que devraient prendre les « résultats » de cette mission mais aussi les points à inscrire dans le communiqué final. A savoir : confirmer que l’article 78 de la Constitution confère à « Joseph Kabila » le pouvoir  » de nommer le Premier ministre de façon discrétionnaire »; « prendre acte au nom de la SADC de la nomination du Premier ministre Bruno Tshibala, membre du Rassemblement (…) ».

Autrement dit, adouber la nomination de Tshibala et affirmer que « l’urgence maintenant consiste dans la mise en place d’une équipe gouvernementale chargée de préparer et organiser les élections apaisées (…) « . Et recommander aux acteurs politiques congolais de procéder rapidement à la mise en place de la CNSA ainsi qu’à la désignation d’un Président de consensus.

On n’apprenait dans la soirée de jeudi que le Rassemblement dirigé par Felix Tshisekedi Tshilombo aurait décliné l’invitation lui adressée d’être reçu en même temps que l’aile dissidente dirigée par Joseph Olenghankoy…

B.A.W/CI

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