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Vous avez dit «diplomatie agissante»?

Le ministre congolais des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, est sorti optimiste de l’entretien qu’il a eu mercredi 5 juillet à Bruxelles avec Fédérica Mogherini, haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères. Au centre de la conversation, les sanctions infligées par l’UE à certains membres de l’oligarchie au pouvoir. Okitundu a exprimé l’espoir de voir les relations entre le Congo-Kinshasa et l’Union Européenne prendre un « nouvel élan ». Dans le sérail kabiliste, on glose sur une prétendue «diplomatie agissante ». Une diplomatie qui semble ignorer une règle d’or. A savoir que tout Etat qui voudrait rayonner à l’extérieur devrait commencer par balayer devant sa porte en gommant les aspérités qui émaillent sa politique intérieure. Mobutu Sese Seko en savait quelque chose. C’est ici que se situe l’épicentre du « contentieux » entre l’UE et le pouvoir kabiliste. En accordant un soutien aveugle au régime kabiliste, l’UA a violé des dispositions pertinentes de sa Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. On semble éluder que l’Etat congolais fait face à une crise politique parce qu’un « individu » a décidé de briguer un troisième mandat en dépit de l’interdit constitutionnel.

A Addis-Abeba, la délégation congolaise au 29ème sommet de l’Union Africaine – conduite par « Joseph Kabila », surnommé le « faux malade » sur les réseaux sociaux – a quitté la capitale éthiopienne revigorée par les « soutiens » obtenus auprès des satrapes africains. En cause, les sanctions de l’UE et des Etats-Unis infligé à quelques caciques du régime kabiliste.

Dans son discours d’ouverture, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’UA, s’est dit inquiet de la situation au Congo-Kinshasa avant d’exprimer la crainte de voir les sanctions altérer davantage l’ambiance politique au pays.

On apprenait que plusieurs pays africains – dont l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et l’Egypte – ont fustigé ces mesures. Pour eux, il s’agit d’une démonstration de «l’impérialisme et de l’ingérence dans les affaires internes d’un Etat ». On se croirait dans les années 60.

La réunion d’Addis-Abeba terminée, le chef de la diplomatie congolaise a sauté dans le premier avion. Destination : Bruxelles. Preuve s’il en était besoin que les sanctions querellées empêchent certains oligarques de « dormir du sommeil du juste ».

Dans la capitale de l’Europe, Okitundu s’est entretenu, mercredi 5 juillet, avec l’Italienne Federica Mogherini, la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères. De quoi ont-ils parlé ?

Les « Mendiants arrogants »

S’adressant aux représentants des médias d’Etat congolais qui l’accompagnaient, le ministre Okitundu s’est contenté de dire que « notre message a été entendu ». Lequel? Mystère. Et d’ajouter : « J’ai fait comprendre à Mme Mogherini qu’on ne doit pas sous-estimer la capacité de la RDC à prendre, par réciprocité, des mesures restrictives à l’égard de certaines personnalités de l’UE. Je crois que cela a été acté ». Forfanterie?

Selon Okitundu, son interlocutrice a qualifié leur rencontre de « positive et constructive ». « Elle considère que ces sanctions sont politiques et réversibles », a-t-il souligné.

Le chef de la diplomatie congolaise préfère s’arc-bouter sur les effets en ignorant superbement les causes des dites sanctions. Ce qui est en cause ici, c’est bien la politique intérieure du régime kabiliste. Le pays vit dans un état de siège de fait.

La décision prise, en date du 29 mai 2017, par le Conseil de ministres des « 27 » en témoigne. « (…), le Conseil a adopté des conclusions dans lesquelles il s’est déclaré gravement préoccupé par la situation politique en RDC provoquée par le blocage dans la mise en œuvre de l’accord politique inclusif du 31 décembre 2016, ainsi que la situation sécuritaire dans plusieurs régions du pays, où un usage disproportionné de la force a été observé », peut-on lire.

Au moment où ces lignes sont écrites, on apprenait, vendredi 7 juillet, que le gouvernement canadien a décidé d’octroyer une aide de 97 millions USD à l’Etat congolaise. But : renforcer la protection des enfants. Les ingérences décriées ne trouvent-elles pas leur origine dans cette espèce de mendicité d’Etat?

Commissaire européen au Développement dans les années 90, l’Italienne Emma Bonino avait l’habitude de qualifier les dirigeants africains de « mendiants arrogants ». « Les dirigeants africains, disait-elle, demandent l’aide étrangère pour construire les écoles et les hôpitaux dans leurs pays. Dès que vous leur posez des questions sur la situation des droits de l’Homme, ils crient à l’ingérence et à la souveraineté outragée ».

Une politique intérieure lamentable

Il est ahurissant d’entendre Léonard She Okitundu recourir au juridisme là où il faut du pragmatisme. Au lieu d’exhorter le « raïs » à balayer devant sa porte, ce ministre préfère, sans doute par lâcheté, brandir en direction de l’UE « la Convention de Cotonou ». Sans oublier de s’égosiller que le Congo-Kinshasa n’a jamais été membre de cette organisation européenne. Quid de rapports de force ?

A Bruxelles, la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères est restée constante. Elle a réitéré, mercredi 5 juillet, que l’UE soutient la tenue des «élections transparentes et démocratiques» dans « les plus brefs délais ». S’agissant de la situation dans le « Grand Kasaï », elle a souligné la nécessité pour l’Etat congolais de « coopérer » avec la communauté internationale afin de faire toute la clarté en déterminant les responsabilités.

Que dire des dirigeants Africains ayant apporté leurs soutiens au pouvoir kabiliste ? Ils ont tort. Et ce pour avoir violé les dispositions pertinentes de la « Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance ». Les articles 5 et 6 stipulent respectivement ce qui suit : « Les Etats parties prennent les mesures appropriées afin d’assurer le respect de l’ordre constitutionnel, en particulier le transfert constitutionnel du pouvoir ». « Les Etats parties s’assurent que les citoyens jouissent effectivement des libertés et droits fondamentaux de l’homme en prenant en compte leur universalité, leur interdépendance et leur indivisibilité ».

Le Congo-Kinshasa fait face à une crise politique grave parce qu’un homme, en l’occurrence le président sortant « Joseph Kabila », a décidé de briguer un troisième mandat en dépit de l’interdit constitutionnel. N’en déplaise à Léonard She Okitundu, le pays est loin d’avoir une « diplomatie agissante ». Il ne peut y avoir de politique extérieure efficace tant que la politique intérieure est lamentable…

BAUDOUIN AMBA WETSHI

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