L’absence de leadership et d’une pensée politique autonome

Cependant, la question qui se pose, est celle de savoir si la démocratie congolaise doit être le mimétisme de la démocratie occidentale ; et si non quelle doit être alors la particularité de cette démocratie ?

A ce sujet le Président, MOBUTU dans une interview accordée à Jean Louis Remilleux disait : « je crois profondément que l’histoire particulière de chaque pays et de chaque civilisation aboutit à un système politique et culturel propre, à des règles du jeu spécifiques dont il est toujours dangereux de s’éloigner. Même le chemin de l’universel passe par la culture locale, tout simplement parce que la ferveur doit s’exprimer dans des formes accessibles à tous. Pas de solutions toutes faites, il en est de la culture comme de la démocratie : notre adhésion à un principe universel ne doit pas conduire à l’abandon des spécificités locales. Je ne préjuge pas renchérit le président MOBUTU de l’évolution des partis politiques en Afrique, mais ma conviction d’aujourd’hui est que c’est le système le mieux adapté aux réalités de l’Afrique d’aujourd’hui, à notre mentalité et à notre culture. Dans nos villages, la démocratie a toujours existé : c’est l’union autour d’un chef à la recherche du consensus avec les notables, par la technique de la palabre sous l’arbre. C’est que nous appelons au MPR la démocratie de juxtaposition, à l’opposé de la démocratie conflictuelle, la votre. Le fait est là : nos ancêtres ne nous ont pas légué votre philosophie de l’opposition, ce dont on a pu prendre conscience lors de notre malheureuse expérience du multipartisme.

Les peuples se dotent chacun du système qui leur convient : nous réclamons donc le droit à la différence, le droit de penser par nous-mêmes et de créer des systèmes politiques et démocratiques qui nous soient propres. La démocratie étant d’essence locale, elle doit évoluer d’elle même dans son contexte et à son rythme. » (125(*))

Du point de vue de la forme, des principes de base, on pourrait d’emblée dire que la démocratie congolaise doit suivre la démocratie occidentale. Cependant, compte tenu du fond, les principes de base qui fondent la démocratie libérale restent les mêmes dans la pratique, les réalités de chaque pays ou continent divergent. (126(*))

De ce point de vue, il faut aussi que le mimétisme institutionnel face aussi l’inverse car pourquoi est ce que le Congo devra toujours se présenter dans le concert de nations comme si elle n’avait rien à proposer en contre partie.

L’arrivée du colonialisme n’a pas favorisé l’essor de la démocratie car ce dernier a instauré la négation des droits, l’animalisation de l’homme noire et cela va perturber la conception africaine au lieu de réaliser la synthèse entre la civilisation occidentale et celle africaine, cette rencontre sera dissolvante estime le professeur DJOLI. (127(*))

L’Afrique doit donc trouver une autre voie et, pour y parvenir, elle doit inventer sa propre démocratie non pas dans l’individualisme et le libéralisme, mais plutôt dans le communalisme, le sens de la solidarité, du partage, de la retenue, en un mot dans l’humanisme.

Car, depuis que le vent de la démocratisation a commencé à souffler sur le Continent africain, la confusion institutionnelle s’en est trouvée plus grande, les guerres civiles plus nombreuses et plus meurtrières, les querelles intestines plus exacerbées, la pauvreté et la misère plus généralisées, les dictatures plus atroces, même si elles se sont savamment camouflées du manteau de la légitimité conférée par des élections en réalité toujours entachées d’irrégularités.

L’exercice du pouvoir en Afrique doit reposer essentiellement sur le sens du partage. Tant que le législateur africain n’aura pas tenu compte de « l’arbre à palabres », lieu traditionnel de rassemblement, à l’ombre duquel on s’exprime sur la vie en société, les problèmes du village, la politique afin de prendre des décisions concertées, il y aura toujours des coups d’Etat et des coups de force, des arrestations postélectorales, des contestations de résultats électoraux, des assassinats politiques, des amendements et des révisions constitutionnels, … en un mot, l’instabilité politique qui freine tout effort développement…

Toutefois, africaniser la démocratie ne veut pas dire doter l’Afrique d’une démocratie au rabais, c’est tout simplement forger une démocratie respectueuse des principes fondamentaux en droits de l’Homme, mais aussi de réalités africaines positives comme le sens du partage et la solidarité, entre autres.

Si la religion musulmane peut servir de base à une prise de conscience commune pour les arabes par exemple, la musique pour les autres, en RDC par contre il nous manque un repère commun ou un objet pouvant ainsi mobiliser l’ensemble du peuple, un catalyseur des énergies dans lequel chaque congolais peut se réclamer et se retrouver. Chaque fraction ou groupe étant ainsi retranché derrière des intérêts parfois mesquins.

(125) MOBUTU dignité pour l’Afrique, op.cit, pp. 91-92

(126) J.SOUGA NIEMBA, op.cit, p 248

(127) J.NDOLI ESENG’EKELI, Cours de libertés publiques, 2ème Licence, Faculté de Droit, UNIKIN, 2010-2011

JEAN-PIERRE MPUTU,  Université de Kinshasa – Licence 2011

Lire l’entièreté du mémoire de fin d’études : L’étude du caractère d’Etat de droit de la RDC: coquille vide ou réalité?

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