Le fanatisme et le clientélisme politique (en RDC)

Dieudonné WAMU OYATAMBWE souligne que la palabre est ensorcelée. Si, au fondement de l’authentique palabre il y avait un « verbe ritualisé, vecteur de la vérité, laquelle est la matrice de la concorde et de la solidarité, aujourd’hui le genre du discours est celui du psittacisme : le déploiement rhétorique de phrases et de notions que leur locuteur n’a pas pensées, c’est-à-dire ne se préoccupe pas de confronter à la réalité des situations non plus qu’à la réalité de ses intentions et projets. (115)

L’attirance vers l’autre constitue le paradigme fondamental pour la construction de tout essai d’explication sur l’essence de l’être humain. Malgré tous les obstacles, malgré toutes les difficultés, l’homme s’oriente vers la rencontre avec d’autres hommes grâce à la conviction que ce n’est qu’avec les autres qu’il va pouvoir faire davantage pour lui-même et pour les autres. (116)

En effet, le discours est constitutif du politique, et il a toujours fait l’objet d’études philosophiques (depuis Socrate, Platon, Aristote) psychologiques, linguistiques ou politiques. Les représentations politiques par lesquelles les individus et les groupes se reconnaissent, se distinguent, orientent leurs stratégies et leurs conduites, résultent de l’entrecroisement des discours. Et, comme Fréderic Bon le souligne si bien, le champ politique reste avant tout un lien de langage, un champ de discours. (117)

La manipulation est un thème de réflexion ancien. Encore Platon dans son dialogue Phèdre, fait une distinction entre la parole belle (domaine d’investigation de la rhétorique) et parole vraie (domaine d’investigation de l’analytique). Platon constate qu’il y a un décalage visible entre ce qui est beau et ce qui est vrai dans la parole. Si la rhétorique a été parfois blâmée, alors le motif essentiel de cette attitude était qu’elle a opéré une substitution immorale : la vérité a été remplacée dans cet art de bien parler par la beauté. Mais, par cela nous assistons à une tromperie : le récepteur est induit en erreur. (118)

Le rôle de l’intellectuel et celui du politicien en RDC semblent se confondre : on est à la fois intellectuel et politicien engagé. Partant de cette confusion entretenue, on peut dire que l’intellectuel recherche la vérité et le politicien recherche le pouvoir. A ce sujet, les réflexions du sociologue français Raymond Aron démontrent que « La vocation de la science est inconditionnellement la vérité ». «  On ne peut pas être en même temps homme d’action et homme d’études sans porter atteinte à la dignité de l’un et de l’autre ». De même le politologue américain Murray Edelman affirme que les rôles des théoriciens et des politiciens sont tout à fait distincts.

Finalement, il serait vivement souhaitable qu’au Congo, la différence entre l’intellectuel et le politicien soit clairement déterminée, que la frontière entre l’un et l’autre soit établie de manière nette pour que chacun puisse jouer son rôle afin d’éviter une confusion qui ternit l’image de toutes les parties. (119)

En République Démocratique du Congo au lieu que chaque congolais dans sa parcelle du pouvoir et dans la sphère de compétences qui sont les siennes réfléchissent sur ce qu’il pourra éventuellement faire pou se rendre utile à toute la communauté pour faire avancer la nation, passe plutôt l’essentiel de son temps en se demandant ce qu’il pourra éventuellement faire pour plaire au chef. Une telle attitude ne fait que renforcer le clientélisme politique car chacun cherche tant bien que mal à attirer et à plaire le chef afin de s’attirer des avantages particuliers, l’espace politique étant de ce fait caractérisé par la complaisance et la basse flatterie : faire penser au chef qu’il est bon, que tout ce qu’il fait est bien, il n’a pas à se reprocher, bref le soutenir même dans le mal pourvu que ses propres intérêts politiques soient garantis quand bien même que le solidarisme africain enseigne que dans le cadre de rapports de vie, le bonheur individuel passe toujours par celui des autres, c’est-à-dire le chemin du particulier passe toujours par celui de l’universel.

En effet, la gestion politique du système politique étant tenue par les origines des telles ethnies, tribus, provinces, fait que le système politique congolais soit incarné par ces ethnies, tribus, provinces illustrant ainsi cette culture paroissiale qui rend la capacité du système politique congolais faible donnant ainsi naissance à des maux sociaux qui gangrènent la vie nationale. Ils se démontrent dans la gestion politique du système politique congolais par des comportements politiques tels que, la personnalisation du pouvoir, la mauvaise gouvernance, les détournements, les rapports de clientélisme politique, le trafic d’influence, des marchandages politiques, la concentration du pouvoir, la non méritocratie, le favoritisme, le patrimonialisme, etc. qui laisse peu de liberté aux individus. (120)

Le culte de la personne devra céder la place au culte de l’excellence et des idées et que les congolais devront apprendre à épouser les idées et non les personnes. On peut s’en douter mais le Congo a l’avantage nonobstant la multiplicité des tribus qu’il regorge en son sein d’avoir un peuple homogène et à ce titre, le clivage est-ouest dont on a toujours entendu parler n’est qu’un alibi qui n’existe que dans le mental des hommes politiques permettant, à chacun de se positionner.

(115) D. WAMU OYATAMBWE, Les mots de la démocratie au Congo-Zaïre : 1990-1997, l’harmattan, Paris, 2006, p 6

(116) C.SALAVASTRU ; Rhétorique et politique : le pouvoir du discours et le discours du pouvoir, Paris, Harmattan, 2004, p 1

(117) Idem, p 12

(118) C.SALAVASTRU, op.cit, pp 147-148

(119) F.MULUMBA KABUAYI WA BONDO, op.cit, pp 20-21

(120 ) Y.SASSA NZUZI ; op.cit, pp 1-2

JEAN-PIERRE MPUTU,  Université de Kinshasa – Licence 2011

Lire l’entièreté du mémoire de fin d’études : L’étude du caractère d’Etat de droit de la RDC: coquille vide ou réalité?

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