Manifestation du Rassemblement – Un nouveau raté…

Un « flop », estime RFI. Comme à l’accoutumée, dès lundi soir, le président hors mandat « Joseph Kabila » avait fait quadriller les points névralgiques de la capitale et des principales villes du pays par ses sicaires déguisés en policiers. Des sources indiquent que Félix Tshisekedi Tshilombo, le président du Rassemblement a, une fois de plus, été empêché de sortir de la permanence de l’UDPS. Des observateurs s’interrogeaient mardi soir sur la stratégie suivie par le Rassemblement au regard des « échecs » successifs qui révèlent un rapport des forces déséquilibré entre des opposants désarmés et un despote décidé à user voire abuser des moyens coercitifs de l’Etat pour rester au pouvoir.

« C’est un résultat qui nous satisfait, a déclaré le secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, sur Radio Okapi. Le pouvoir a démontré qu’il a peur du peuple ». Selon lui, le pouvoir kabiliste « a peur » d’un peuple qui n’entend plus le voir au sommet du pays après le 31 décembre prochain.

Président du Rassemblement, Félix Tshisekedi Tshilombo assimile cette nouvelle déconvenue à la « perte d’une bataille » et non de la « guerre ». Pour lui, les marches de protestation seront poursuivies.

Arborant son rictus légendaire, le colonel Pierrot Mwanamputu, porte-parole de la police nationale, était, mardi 19 décembre, dans une sorte de « béatitude ». D’après lui, la manifestation du Rassemblement a été « étouffée »tant à Kinshasa que dans le reste du pays. Bilan: plusieurs militants de l’opposition arrêtés. Ceux-ci sont faussement accusés d’être des « fauteurs de troubles ». Des responsables de l’UDPS ont été interpellés à Tshikapa et à Kananga. Motif invoqué ici: « manifestation interdite ».

Dans une lettre datée du 16 décembre en réponse à celle de Jean-Marc Kabund lui adressée trois jours auparavant, le gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta – qui porte également la casquette de responsable provincial du parti kabiliste, le PPRD – avait dit son refus de « prendre acte » du devoir d’information accompli par les organisateurs de ladite manifestation dont le but était d’exiger la tenue des élections avant le 31 décembre 2017 conformément l’Accord de la Saint Sylvestre. « (…), j’attire votre attention sur le fait que la CENI a déjà fixé l’opinion (nationale et internationale) sur la date de la tenue des élections par la publication du calendrier électoral », écrivait Kimbuta.

Pour le gouverneur de Kinshasa, la manif’ du Rassemblement serait devenu, de ce fait, sans objet. Aussi, a-t-il demandé au commissaire provincial de la police et les bourgmestres d’appliquer sa décision. Un oukase qui met à nu la partialité des pouvoirs publics. Une partialité qui  écorne l’article 26 de la Constitution. Cette disposition garantit la « liberté de manifestation » et impose aux organisateurs la seule obligation d’« informer par écrit l’autorité administrative compétente ».

Que dire du premier alinéa de l’article 64 qui impose à tout Congolais « le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions e la présente Constitution »?

Depuis plusieurs années, les forces politiques et sociales de l’opposition sont soumises à des brutalités innommables à l’occasion de toute manifestation sur la voie publique. Seul le PPRD et ses alliés ont le droit de battre le pavé. On l’a vu récemment lors de l’inauguration de la nouvelle ambassade à Kinshasa. Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders a été chahuté par des manifestants inféodés au pouvoir finissant, encadrés par… des policiers.

UNE « STRATÉGIE PÉRILLEUSE »

La date du 19 décembre a été choisie à dessein par le Rassemblement. Le 19 décembre 2016 expirait, en effet, le dernier mandat de « Joseph Kabila ». Le 11 mai de la même année, la Cour Constitutionnelle avait pris son très controversé arrêt « autorisant » le Président sortant à rester au pouvoir jusqu’à l’élection du nouveau Président.

Cet arrêt – qualifié d’« épithaphe » par Bruno Tshibala, alors secrétaire général adjoint de l’UDPS – est un chef d’œuvre de mystification car il interprète avec malice les articles 70 et 73 de la Constitution. « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. A la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu » (article 70). « Le scrutin pour l’élection du Président de la République est convoqué par la Commission électorale nationale indépendante, quatre-vingt-dix jours avant l’expiration du mandat du Président en exercice » (article 73). Depuis le 19 décembre 2016, « Joseph Kabila » semble dire à ses adversaires: « j’y suis, j’y reste ».

Des observateurs s’interrogeaient mardi soir sur l’efficacité de la stratégie qualifiée de « périlleuse » suivie par les forces politiques et sociales acquises au changement. « Cette stratégie est loin d’être payante dans la mesure où le combat se déroule à armes inégales », commentait un universitaire kinois joint au téléphone. « On ne le dira jamais assez que les opposants doivent se donner les moyens de leur politique en mettant sur pied une branche armée ». L’homme qui parle tient à être cité. Il s’agit du politologue Bamba di Lelo.

Au total, des analystes conviennent que la disparition d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba a privé l’opposition de son leader charismatique. Pour eux, l’entrée au gouvernement de plusieurs têtes d’affiche de l’opposition – qui avaient participé au conclave de Genval – n’a pas peu contribué à engendrer une grave crise de confiance entre les opposants et les citoyens. « A tort ou à raison, la population a acquis la conviction que certains politiciens sont opposants le jour, souligne Bamba. La nuit, ils nouent des contacts secrets avec Joseph Kabila et son entourage ».

Le dernier mot revient à un « combattant » prénommé « Patrick »: « Comment pourrions-nous imposer une transition sans Kabila alors que la stratégie mise en œuvre ne nous permet même pas d’arracher le droit à la liberté de manifestation? »

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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