Olenghankoy crache sur la mémoire des victimes de la barbarie de « Kabila »

Les politiciens congolais sont passés maître dans l’art de « retourner sa veste ». Ils ont deux discours. Un discours « progressiste » voire « droitdelhommiste » tant qu’ils broient du noir – sans jeu de mots – dans les rangs de l’opposition. Ce discours devient réactionnaire ou conservateur dès qu’ils arpentent les allées du pouvoir. C’est le cas de tous les opposants autoproclamés « radicaux » qui ont fini par rejoindre la mouvance kabiliste dans le cadre du « gouvernement » dit « d’union nationale ». Dans deux messages postés mardi 02 janvier sur son compte Twitter, Joseph Olenghankoy, 53 ans, président du « Conseil national du suivi de l’Accord » (CNSA), écrit, sans rire, que la plupart des victimes de la marche du 31 décembre ont péri sous les balles « des éléments infiltrés ». Une affirmation qui n’est guère suivie de démonstration.

Dans un premier « tweet », Joseph Olenghankoy « remercie » et « félicite » le peuple congolais d’avoir, selon lui, « rejeté »l’appel à manifester, le 31 décembre 2017, lancé par le Comité des laïcs chrétiens et soutenu par les forces politiques et sociales acquises au changement. D’après lui, ce rejet a permis d’éviter une « hécatombe » durant cette journée agitée.

Dans un second twitt, l’ex-opposant radical au pouvoir de Mzee et de « Joseph Kabila », feint d’exprimer une « pensée pieuse pour les personnes tuées ». Il ajoute aussitôt que « la plupart » ont péri suite aux « tirs des éléments infiltrés ». Des infiltrés non-autrement identifiés qui « avaient pour mission de faire beaucoup de victimes » et ensuite faire imputer « la responsabilité aux autorités »« J’appelle à la vigilance de tous car les ennemis de la RDC veulent balkaniser ce pays », conclut-il.

Devenu oligarque grâce à sa désignation à la tête du CNSA, l’ex-opposant a adopté les « éléments de langage » en vigueur au sein de la Kabilie. Ici, une part belle est faite aux affabulations. Bref, le mensonge d’Etat.

Le 31 décembre 2017, les laïcs catholiques ont démontré leur capacité de mobilisation. A preuve, quasiment toutes les paroisses des 24 communes de la capitale étaient en mouvement. Face aux protestataires, le pouvoir dictatorial avait déployé des mercenaires étrangers – essentiellement des Hutu burundais du FNL, des Hutu rwandais des FDLR et autres anciens Interahamwe – ainsi que des éléments de la garde prétorienne de « Joseph Kabila ». Les fameux « GR ».

La terre entière a vu des « policiers congolais » lancer des gaz lacrymogènes dans l’enceinte des églises pendant la célébration de la messe. Un cas sans précédent. La terre entière a vu également des paisibles citoyens intoxiqués et délestés de leurs téléphones portables, bijoux et argent. Que dire des blessés? C’est le cas notamment de cette dame qui a reçu une balle à l’église Saint Dominique. La terre entière a vu enfin cette photo montrant les fameux « GR » autour de quelques corps sans vie. Les images parlent d’elles-mêmes. La preuve est faite que la « garde républicaine » avait reçu l’ordre d’emporter les cadavres de leurs victimes afin d’effacer les preuves d’une tuerie massive. Le 31 décembre 2016, les sbires de « Kabila » ont massacré des Congolais qui n’exigeaient que le respect des règles.

Les propos de Joseph Olenghankoy confirment l’inconstance des politiciens congolais en général et des opposants passés dans le camp du pouvoir en particulier. Des hommes et des femmes décriés par leur vénalité « pathologique ».

« INFILTRÉS »

Questions: Olenghankoy détiendrait-il des certificats d’autopsie pratiquée par des médecins légistes pour établi de manière formelle l’origine des balles ayant ôté la vie aux victimes? Serait-il en possession du rapport balistique? En vertu de quel fait matériel s’est-il permis d’attribuer ces actes criminels à des prétendus « infiltrés »? Pourquoi ne publie-t-il pas les identités de ceux-ci?

Directeur de la télévision privée « Le vrai journal », notre jeune confrère kinois Peter Tiani a lancé une émission dénommée « Devoir de mémoire ». Le principe de ce programme consiste à confronter les déclarations faites par tel individu avant et après son entrée dans les institutions dirigeantes. Le résultat est décapant. Récemment, « Peter » a été agressé par des « inconnus ».

Dans une interview accordée à l’auteur de ces lignes fin mai 2010 à Bruxelles, Olenghankoy, de retour d’un voyage aux Etats-Unis de Barack Obama, a procédé à « l’analyse de la situation politique et sociale » au Congo-Kinshasa. Sans omettre, « les perspectives d’avenir ».

Après avoir accusé les « autorités congolaises » d’avoir une « large part de responsabilité » dans l’assassinat du regretté directeur exécutif de la « Voix des Sans Voix » Floribert Chebeya Bahizire et de son chauffeur Fidèle Bazana, l’homme asséna: « Si Kabila rempilait pour un nouveau bail de cinq ans, on va assister à la disparition totale de l’Etat congolais ».

« DU MOBUTISME SANS MOBUTU »

En juin 2010, le président des Fonus estimait donc que « la gestion d’un Etat est une charge bien trop lourde » pour « Joseph ». « Il devrait en son âme et conscience reconnaître son échec et se mettre à l’écart et laisser les citoyens se choisir un nouveau chef de l’Etat ».

Dans une lettre datée du 30 octobre 2016 adressée au procureur général de la République, le même Olenghankoy dénonçait le « harcèlement » dont faisaient l’objet les leaders politiques de la « plateforme Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement ». C’était une vingtaine de jours après l’arrestation de Bruno Tshibala, alors secrétaire général adjoint de l’UDPS. A l’appui de sa démarche, l’opposant épingla le « plasticage » du siège de son parti dans la nuit du 19 au 20 septembre 2016.

Du 8 au 10 juin 2016, Joseph Olenghankoy a participé, à l’instar d’autres opposants, à la « Conférence de Genval » ayant donné naissance au « Rassemblement ». Dans l’Acte d’engagement signé par les représentants des différents partis et coalitions politiques, on peut lire notamment ces mots: « Prenons acte de la fin du deuxième et dernier mandat de Monsieur Joseph Kabila Kabange le 19 décembre 2016 à minuit et saluons son départ du pouvoir le 20 décembre 2016 à 0h00 ». Le document fut contresigné par tous.

Une année après, « Joseph Kabila » trône toujours à la tête de l’Etat. L’homme n’a pas changé. Il poursuit sa « carrière » de dictateur. L’opposant, lui, a changé. Pire, il est devenu un des adulateurs du tyran qu’il accablait des critiques. Est-ce une raison de fabuler en crachant sur la mémoire des victimes du régime honni? Qui oubliera qu’en juin 2010 le même Olenghakoy clamait que le « raïs » « faisait du mobutisme sans Mobutu »?

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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