Partenariat RDC-DP World sur le Port de Banana – Trop des zones d’ombre

La RDC vient de signer le partenariat sur la construction du Port de Banana. Dans ce deal, le pays est minoritaire avec 30%. Ce qui suscite plusieurs  interrogations. Pourquoi ce projet n’a pas été soumis à un appel d’offre publique ? Pourquoi ce deal s’est passé loin des regards du Parlement ? Pour un coût total de 1,2 milliard usd, pourquoi la RDC n’a pas financé totalement ce projet ou emprunté les fonds auprès des banques ? In fine, la RDC se retrouve minoritaire dans un projet stratégique et qui sera plutôt géré pendant au moins 30 ans par des étrangers. Etait-il vraiment urgent de signer ce contrat défavorable? Autant de zones d’ombre sur le partenariat RDC-DP World qui sent la prédation.

Tout est allé très vite avec ce dossier de construction du port en eaux profondes de Banana.

Acte 1. Le mardi 20 mars, le gouvernement a adopté, au cours de sa réunion extraordinaire  du Conseil des ministres, le projet de construction du Port de Banana. A

cte 2. Le mercredi 21 mars, le ministre des Transports, sa collègue du Portefeuille, et le ministre Délégué au gouvernement, ont tenu une conférence de presse pour présenter ce projet.

Acte 3. Le vendredi 24 mars, le contrat de partenariat entre la RDC et Dubaï Port World (DP Wolrd) a été signé au Kimpisky Fleuve Congo Hôtel entre le gouvernement et le DG de cette compagnie des Emirats Arabes Unis.

Il ressort de ce contrat que la RDC aura 30% dans la société concessionnaire qui sera créée pour la gestion du Port de Banana et DP World 70%. Au finish, la RDC sera dotée d’un Port ouvrant sur l’Atlantique sur 1 600 m avec 5 quais. Ce port pourra générer directement environ 5 000 emplois.

Partenariat Gagnant-Perdant

Le moins que l’on puisse dire de ce partenariat est qu’il est en défaveur de la RDC, mais totalement au profit de cette compagnie arabe. Dès lors, l’opinion se demande pourquoi le gouvernement s’est-il empressé de signer ce contrat où la RDC est minoritaire ? C’est ce qui pousse à soupçonner qu’il y a des individus qui trouveraient plutôt leur compte dans le bradage de ce projet.

Le marché de la construction du port de Banana n’a pas été soumis à un appel d’offre publique. DP World a été coopté par le gouvernement sur base des critères flous. Cette absence d’offre publique est un indice sérieux qui prouve qu’il y a anguille sous roche.

Certes, DP World est une compagnie qui a déjà fait ses preuves avec la construction de 72 ports dans le monde et une présence dans au moins 40 pays. Mais, le problème est que ce projet n’a pas été soumis à la concurrence des autres entreprises spécialisées du secteur. Donc, un brouillard entoure cette attribution de marché.

Un montage financier au contour flou

Ce projet sera exécuté en quatre phases. D’une valeur globale de 1,169 milliard usd, la construction de ce port ne devrait pas être une mer à boire pour le grand Congo. Curieusement, sur le coût total, la part de la RDC est à peine de 134,5 millions Usd, soit moins de 10%, payée du reste par DP World. Ce qui fait que la RDC ne déboursera aucun franc dans ce deal, mais aura tout de même 30% des parts.

Comment est-il possible que la RDC soit minoritaire dans un projet aussi stratégique que celui du port de Banana. Est-ce de manière délibérée que le gouvernement a jugé bon que la RDC soit minoritaire dans ce projet ? Pourtant, la RDC, dans un projet aussi stratégique que celui-ci, devrait avoir des ambitions à la hauteur de sa grandeur.

La RDC est en mesure de financer totalement ce projet du port de Banana. Pour à peine 1,2 milliard Usd sur trois ans, le pays ne pouvait pas céder son seul port en eaux profondes à la gestion des étrangers pendant 30 ans et après renouvellement pendant 20 ans. Autrement dit, le Port de Banana sera géré pendant 50 ans par des étrangers. Et, pendant ce demi-siècle la RDC se contentera de 30% de dividendes contre 70% pour DP World.

Bradage d’un site stratégique

Ce partenariat est en soi une prédation d’un site stratégique de la RDC. Autant, les dirigeants congolais ont aliéné, pendant plus de 20 ans, les concessions minières dans le Katanga avec des parts minoritaires réservées à la Gécamines, autant, le gouvernement Tshibala aliène la construction du Port de Banana pour des brindilles.

Ce port sera une des principales sources de revenus publics de la RDC dans les années à venir. Cependant, la RDC ne pourra se contenter que des miettes pendant que DP World va amasser des milliards de dollars année après année. Il ne faudra même pas 10 ans pour que DP World récupère son investissement. Pour 1,2 milliard Usd, un gouvernement, du reste illégitime, va aliéner un projet ultra stratégique pour le pays !

Pourtant, il y avait moyen de s’approprier la construction du port de Banana. Sur la table du gouvernement depuis 2015, la RDC pouvait, ces trois dernières années, épargner même la moitié du coût global de ce projet et emprunter l’autre moitié auprès des banques congolaises. Ce qui est très faisable. Avec la signature précipitée de ce contrat, les dirigeants sortants font une fuite en avant qui cache mal la magouille.

Le rapport BananaPapers : http://bananaportpapers.info/

LP/NPB/LC

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