Port « mort »… Matadi se meurt

Matadi, ville située à l’Ouest de la République Démocratique du Congo, dans la province du Kongo Central, fait désormais figure de parent pauvre. A l’entrée, au niveau du pont de la rivière Mpozo, se trouve planté un grand panneau avec pour message : ‘’Bonjour ‘’ ou ‘’Mbote’’.

Son port maritime « mort » voici plusieurs années, la ville est également à l’article de la mort. Déjà en grande difficulté à la suite à la fois de la liquidation de la LMC (Lignes Maritimes Congolaises), dépourvus de flotte depuis l’époque de Mobutu, sous le label de l’ex-CMZ (Compagnie Maritime Zaïroise) et de sa désertion par des navires de haute mer, le port Matadi n’arrive techniquement plus à supporter la rude concurrence du port ultra moderne d’un privé congolais, l’homme d’affaires Ledya. Vétuste et sous-équipé, le port de la SCTP (Société Commerciale des Transports et des Ports), ressemble à un ouvrage à l’abandon.

Les rares navires qui remontent le fleuve Congo à partir de l’embouchure, au sortir de l’Océan Atlantique, accostent le plus souvent au port Ledya, non loin du poste de péage du Pont Maréchal, au lieu de celui de l’ex-Onatra.

Une « mort » aux conséquences néfastes

La descente aux enfers du port de la SCTP semble réunir tous les ingrédients d’une mort programmée. En effet, l’Etat donne la nette impression d’avoir renoncé à la modernisation de ses installations et équipements, au dragage régulier du bief maritime en vue de favoriser les mouvements de gros bâtiments de mer jusqu’à Matadi, la motivation du personnel de la SCTP qui ploie sous presqu’une dizaine de mois d’arriérés de salaires impayés, à la réhabilitation des locomotives et leurs wagons destinés à l’évacuation rapide des marchandises vers Kinshasa, etc.

Les conséquences néfastes de la mort lente du port de Matadi sont, entre autres, l’effritement des recettes des régies financières (Direction générale des Douanes et Accises, Office Congolais de Contrôle), et de plusieurs services publics, notamment celui de l’Hygiène aux frontières. Il y a aussi la carence des denrées alimentaires (pain, poissons, beignet, surgelés, sucre, lait, etc. Bref, l’abondance alimentaire qui caractérisait la ville de Matadi appartient désormais au passé.

Adieu « Banamayi », « Bilokos », déclarants debout…

A Matadi, c’était le règne de l’informel à l’époque où le quai du port de la SCTP recevait des navires à la queue leu leu. Les dockers, pour la plupart des journaliers, se relayaient à un rythme endiablé pour le déchargement des navires, concurremment aux grutistes. Hélas, avec la rare de bateaux, la profession a pratiquement disparu.

C’est pareil pour les «bilokos », ces accessoires composés d’un peu de tout (pneus, pièces de rechange pour véhicules, postes de télévisions, postes de radios, frigos, congélateurs, réchauds…) que les Congolais de la diaspora expédiaient à leurs familles, pour la vente, en les glissant dans les coffres des voitures importées ou dans les « ventres » des mini-bus. Ces « bilokos » étaient vendus, pratiquement aux enchères, sur les marchés de fortune qui se formaient à l’entrée même du port.

Les « Banamayi », ces enfants terribles qui étaient capables d’investir les installations portuaires à partir de plongées à longue durée sous les eaux du fleuve Congo, dans le but bien arrêté de piller les marchandises consignées dans les cales des navires et les entrepôts de l’ex-Onatra, ne sont plus qu’un lointain souvenir.

N’ayant plus rien à « piller », ils se sont reconvertis à d’autres activités de débrouille.

Par manque de travail, la grande partie des Matadiens sont au chômage. Certains, pour fuir l’oisiveté et la misère, ont opté pour des navettes entre Matadi et Kabinda, ou carrément pour l’exil vers Luanda, en Angola, ou Pointe Noire, au Congo/Brazzaville.

Plus de « bilokos », plus de véhicules d’occasion, petites et moyennes entreprises, la vie est devenue un enfer pour les populations de cette ville de l’Ouest de la République Démocratique du Congo. Même les clandestins qui se permettaient des voyages à hauts risques au fond des cales des navires, ont changé de destination.

Des arbres fruitiers sur des pierres

Bien que construite sur une colline rocheuse, la ville de Matadi affiche aussi des arbres fruitiers. On y rencontre, ça et là, des manguiers, des avocatiers, des safoutiers, des citronniers, des bananiers pousser sur des pierres.
Actuellement, l’autre cauchemar de la population de Matadi se trouve être la difficulté d’entrée et de sortie à partir du pont Mpozo. Suite aux travaux de réhabilitation de cette route, dans l’optique de son élargissement, un bouchon permanent est observé dans le secteur. La police de circulation routière a imaginé, comme palliative, la neutralisation alternative de la voie de passage, au niveau de ce pont. Mais cela n’arrange ni les automobilistes en provenance de Kinshasa, ni ceux désireux de quitter Matadi.

Le souhait le plus ardent de la population est que les travaux se terminent le plus tôt possible, afin que la circulation automobile redevienne normale.

DN/LP/LC

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