Processus électoral au Congo – A quoi jouent l’UA et la SADC?

Conduite par le Burundais Dieudonné Ndabarushimana, un des partisans purs et durs de l’actuel satrape du Burundi, la délégation du Conseil de paix et de sécurité de l’UA qui vient de séjourner à Kinshasa assure que la CENI (Commission électorale nationale indépendante) “est dans la bonne voie”. Ancien ambassadeur du Burundi en France, Ndabarushimana fait partie des zélés apologistes du 3ème mandat du président Pierre Nkurunziza. Un mandat jugé inconstitutionnel tant par l’opposition burundaise que la communauté internationale. Sur la photo, on voit diplomate lors d’un débat sur France24.

Ancien ambassadeur du Burundi en France, Dieudonné Ndabarushimana est actuellement en poste à Addis Abeba. C’est lui qui a conduit la délégation du Conseil de paix et de sécurité de l’UA à Kinshasa dont la mission s’est achevée le mardi 24 octobre.

A l’issue d’une séance de travail au siège de la CENI, le diplomate burundais qui semble ignorer les étapes franchies par le processus de démocratisation au Congo-Zaïre – depuis les consultations populaires en passant par la conférence nationale souveraine et le dialogue intercongolais – a, au nom de sa délégation, “exhorté” les acteurs politiques du pays “à tout mettre en œuvre pour la réussite du processus électoral”. En faisant quoi? Silence!

Originaire d’un Etat africain qui est loin d’être un modèle de démocratie et de respect de la vie et de la dignité de la personne humaine, Ndabarushimana prétend avoir “apprécié les efforts déployés” par la CENI “pour faire avancer le processus électoral en cours”. Pour mémoire, le scrutin de l’élection présidentielle devait être convoqué en septembre 2016.

D’après lui, la CENI ferait, contre toute évidence, un travail impeccable. Le retard qu’accuse le processus électoral n’est pas de son fait. A preuve, la centrale électorale attend non seulement le vote de la loi électorale mais aussi celle portant sur la répartition des sièges par circonscription. Sans omettre, la loi organique sur le CNSA (Conseil national du suivi de l’accord). Le diplomate burundais n’a pas oublié de relayer les “défis” financiers et logistiques claironnés par “Joseph Kabila” dans son récent discours à l’Assemblée générale des Nations Unies.

Le moins que l’on puisse dire est que l’UA et la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) semblent mener le même combat au service des autocrates du continent. Dans le cas de l’ex-Zaïre, l’objectif consiste à perpétuer le régime dictatorial de “Joseph Kabila”.

Et pourtant, en seize années d’exercice d’un pouvoir absolu, le successeur de Mzee qui s’est affublé du nom “raïs” – qui signifie “chef” en langue arabe – présente un bilan globalement calamiteux. En cause, son incapacité à assumer la fonction sociale qui incombe à tout pouvoir. A savoir, prendre des décisions destinées à apporter des solutions concrètes aux problèmes liés à la vie collective.

La Charte africaine de la démocratie foulée aux pieds

En octobre 2016, une délégation de la SADC conduite par le ministre tanzanien des Affaires étrangères Augustine Mahiga n’avait pas hésité à inviter « les membres de l’opposition hostile au dialogue » de la Cité de l’Union Africaine à rejoindre ce forum.

En avril 2017, le chef de la diplomatie tanzanienne est revenu à la charge lors d’un nouveau séjour à Kin. Mission : “consulter” les représentants des forces politiques et sociales afin de contribuer à la sortie de crise. Mahiga en a profité pour “confirmer” la “régularité” de la nomination de Bruno Tshibala Nzenzhe au poste de Premier ministre. Un comble!

Les observateurs impartiaux ont pourtant noté et continuent de noter que “Kabila” est l’épicentre de la crise politique qui secoue le Congo-Kinshasa. Depuis 2013 à ce jour, l’homme n’a pas cessé d’envoyer des signaux inquiétants traduisant sa volonté de renvoyer le plus loin possible l’avènement de l’alternance démocratique.

Inutile de rappeler que depuis le 19 décembre 2016, le président sortant est hors mandat. Cela fait dix mois. L’article 220 de la Constitution prohibe toute révision constitutionnelle touchant notamment “le nombre et la durée des mandats du Président de la République”.

Depuis belle lurette, il est devenu “périlleux” de clamer à haute et intelligible voix toute opposition à l’idée de “Kabila” de briguer un troisième mandat interdit par la Constitution.

Défenseur judiciaire près le Tribunal de Grande Instance de Lubumbashi, Jacques Kapanga Nyembwe en a fait une amère expérience. Il a été arrêté le 6 septembre dernier dans un cybercafé. Son “crime” tient en dix mots: “le mandat de Joseph Kabila est terminé depuis décembre 2016”. Ce cas est loin d’être unique en son genre.

Ce qui surprend dans toute cette histoire, c’est bien l’insouciance avec laquelle les envoyés de l’UA et ceux de la SADC foulent aux pieds la “Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance”. C’est le cas notamment du cinquième alinéa de l’article 23 qui interdit sans équivoque “tout amendement ou toute révision des Constitutions ou des instruments juridiques qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique”.

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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