« Raïs », le roi fainéant

Conformément à l’article 200 de la Constitution promulguée le 18 février 2006 par le… Raïs, les gouverneurs des provinces que compte la République très très démocratique du Congo doivent se retrouver « en conférence », au moins deux fois par an, avec le Raïs. La ville de Goma abrite depuis lundi 18 décembre la… sixième rencontre du genre.

Selon mon ami qui sait tout sur tout et presque tout sur rien sur les potins de Kinshasa-Lez-Immondices, il se raconte dans le Tout-Kin-Politique – n’en déplaise à l’homme au béret rouge du PPRD – que le successeur de Mzee est usé. Fatigué. Il n’aurait, semble-t-il, que 46 ans d’âge. Les Kinois, dit-il, racontent une blague: « Savez-vous pourquoi il n’y a plus de ‘yombo’ sur le marché? Le Raïs fait des stocks pour noircir ses cheveux après-la-présidence ».

A en croire l’ami, les mêmes milieux de « Kinshasa Makambo » estiment qu’il est urgent pour le Raïs d’aller à la retraite pour laisser la place à un successeur plus patriote, compétent, énergique, visionnaire, moins « taiseux », et qui a la capacité d’incarner la fonction présidentielle en se mettant à la tête de ses troupes.

D’après mon ami qui sait décidément tout, à l’expiration de son dernier mandat le 19 décembre 2016, le Raïs, alias président hors mandat, devait présider au total 20 conférences des gouverneurs. Onze années après l’entrée en vigueur de la Loi fondamentale en vigueur, la ville de Goma abrite depuis lundi 18 décembre… la sixième édition de cette rencontre. Mon ami de me souffler ces mots dans le creux de l’oreille: « Le Congo de Patrice Lumumba est dirigé depuis 17 ans par un roi fainéant qui est attiré plus par la frivolité que le service à rendre à la collectivité ».

Après avoir retrouvé son calme, mon ami m’interrogea: « Sais-tu de quoi on parle dans ce genre de conférence? ». Face à mon hésitation, il répond: « Le Raïs qui ne rétrocède jamais les 40% des ressources destinées aux pouvoirs locaux voudrait mobiliser les Gouv’ à la maximisation des recettes. Les gouverneurs, eux, profitent de cette rencontre protocolaire pour étaler leurs problèmes existentiels: pas de moyens financiers, pas d’eau courante et d’électricité, insécurité des personnes et des biens, pas d’infrastructures pour les nouvelles provinces sorties du néant etc. »

Mon ami qui sait franchement tout sur tout vient à nouveau me souffler une confidence dans le creux de l’oreille: « Le Raïs n’a pour le moment qu’un souci: conserver le pouvoir. La réunion qui se tient à Goma constitue l’occasion d’arrêter des stratégies pour truquer les prochaines élections ». L’ami de poursuivre: « La semaine passée le premier sinistre, pardon, le premier ministre Bruno Tshibala, alias le ‘doyen des opposants’, avait reçu des chefs coutumiers ». D’après l’ami, les « Nkumu » ne seraient pas repartis les mains vides…

Anti-Raïs primaire, l’ami de déverser son venin: « Voilà un individu qui incarne parfaitement le proverbe selon lequel quel que soit le nombre d’années qu’un tronc d’arbre fait dans l’eau, il ne deviendra jamais un caïman ».

L’ami jette un regard suspicieux sur moi avant de continuer son monologue: « Votre Raïs n’est qu’un roi fainéant qui a transformé le Grand Congo en champ de ruines. Dix-sept années après son ascension à la tête de la République très très démocratique du Congo, cet individu au passé mystérieux n’a pas été capable de se mettre à la hauteur de la fonction d’exception qu’est celle du Président de la République. Il est resté un sous-chef de faction dont la mission n’a consisté qu’à diviser les Kongomani pour maintenir le pays à genoux… »

Friand des choses de l’esprit, mon ami conclut son propos par une citation d’Emile de Girardin: « La dictature qui ne se légitime pas par ses œuvres ne tarde pas à se faire condamner par ses actes ».

ROBERT YUKA ES DJEMA

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