Rumba parade – Exploration des valeurs d’une musique qui résiste à l’épreuve du temps

La seconde journée du colloque tenu le 15 décembre, à l’Institut national des arts (INA), la veille de la clôture de la 4e édition du festival dédié à l’expression musicale phare de la RDC, a prouvé l’existence d’une sorte de belle osmose entre la rumba jouée aujourd’hui et celle d’autrefois dont un bon nombre de mélomanes et même de jeunes musiciens ne mesurent pas assez la portée.

Organisées en matinée à l’INA, en parallèle des concerts livrés en soirée à la Délégation Wallonie-Bruxelles, les rencontres scientifiques des 14 et 15 décembre ont fort bien renseigné les participants sur certains contours essentiels de la rumba. Et, pour ce qui est de la dernière journée du colloque rumba parade, elle n’était pas des moindres pour avoir particulièrement mis en exergue le lien existant encore entre la rumba originelle et celle jouée par les musiciens actuels dont certains se réclament dignes héritiers. Ces lumières apportées de manière successive par Michel Ngongo et Maïka Munan ont fortement édifié la communauté de l’INA, constituant la majeure partie de l’auditoire du Centre d’études et de diffusion des arts.

En substance, l’exposé de Michel Ngongo s’est étendu sur les « Paramètres techniques modernes et la numérisation de la rumba congolaise » dont il a présenté les avantages. Et, conformément à l’esprit du thème général du colloque, à savoir « Odyssée et épopée de la rumba congolaise, quêtes d’identité et d’universalité », il a abordé son sujet en s’appuyant sur la musique de Joseph Kabasele, dit Grand Kallé, en toile de fond. Ce, quitte à respecter la particularité de la quatrième édition de rumba parade qui lui avait été dédiée en guise d’hommage, en reconnaissance de son apport à faire acquérir à la rumba congolaise ses lettres de noblesse.

C’est donc à cet effet qu’en sa qualité de professeur et arrangeur, Michel Ngongo a proposé à l’assistance une étude de la musique de Grand Kallé qui en a fait ressortir les éléments ayant résisté à l’usure du temps. Il a circonscrit, parmi ceux-ci, la mélodie, l’orchestration et le rythme. À grand renfort de partitions ou exemples sonores, il a démontré, de façon évidente, comment ces éléments, encore d’usage aujourd’hui, ont influencé la musique au-delà des frontières congolaises. S’étant focalisé au final sur deux de ces aspects, à savoir la rythmique, rendue au travers de ses instruments de percussion, et le côté festif ou dansant de sa musique.

De manière condensée, l’on devrait retenir que « ces battements connus de tous qui faisaient l’identité de Grand Kallé étaient pareils à ceux de la musique cubaine produits à l’aide de claves, ces bouts de bois qui donnaient une certaine rythmique ». À l’enseignant de l’INA de renchérir : « C’est ce qui a finalement donné naissance au roulement de la caisse claire souvent utilisée dans notre musique, appelée sébène ». Par-delà, cette introduction aux fondamentaux originels de la rumba, Michel Ngongo a aussi parlé du sébène lui-même qui, selon ses dires, « a commencé plutôt vers les années 1940 ». Et de poursuivre : « Grand Kallé a essayé de le jouer et de la petite partie dansante qu’elle constituait au départ, le sébène est devenu pratiquement une forme de composition musicale baptisée générique où la part belle est faite à la danse ».

S’approprier la Rumba

Maïka, à qui l’on donne d’ordinaire l’étiquette d’arrangeur, a fait savoir que ses compétences s’étendaient bien au-delà, à savoir qu’il était réalisateur. Et donc, à ce titre, il a expliqué : « Je chapeaute les productions, j’interviens en tant que musicien, je suis sur la plupart des instruments. Bien sûr, j’écris des arrangements mais je ne les fais pas sans être réalisateur. Lorsque je travaille sur les productions d’un chanteur, il ne vient qu’avec ses chansons et moi j’organise toute la production ». Il s’est étendu sur son expérience professionnelle depuis l’aube de sa carrière à ce jour. Il a introduit son propos avec cette affirmation qui a laissé l’auditoire pantois. « J’ai un parcours qui est peut-être à l’opposé du vôtre. Je suis essentiellement un musicien autodidacte. Je suis allé apprendre la musique bien après que je suis devenu musicien professionnel. », a-t-il affirmé. Les étudiants étaient ravis d’entendre cet expert dont l’expérience plutôt exceptionnelle tient à l’avantage acquis. « J’ai eu la chance de travailler avec mes aînés, les gens de ma génération, les jeunes et les plus jeunes encore. J’ai donc une sorte de vue panoramique de l’évolution de la musique congolaise. », a confié Maïka Munan.

Si d’aucuns ont apprécié à sa juste valeur la teneur des exposés, Maïka, lui, s’en est encore plus réjoui estimant que « l’INA commence à sortir de sa tanière ». Il serait donc à présent en mesure de jouer suffisamment son rôle, soutient l’artiste, « de former les musiciens de demain voulus bien meilleurs que ceux du passé ». Pour ce faire, le champ de la formation devrait être plus étendu. Ce qui, selon Maïka, reviendrait à ce qu’ils étudient la musique mais aussi tous les métiers qui gravitent autour pour en maîtriser les contours. « Je crois que l’on devrait même donner des cours sur les droits d’auteur, le management, etc., pour que l’artiste qui sort d’ici ne soit pas à l’image de leurs aînés qui étaient essentiellement des autodidactes », a-t-il pensé. Et de renchérir : « Le fait que l’INA sort de son classicisme pour aller vers le terrain et s’approprier cette rumba qui est essentiellement kinoise est une avancée. Mais il faut qu’il y ait un suivi d’ici-là et que tout ce qui a été dit soit mis en pratique ».

Music in Africa, portail de référence

Entre les exposés des deux professionnels de la musique, Michel Ngongo et Maïka Munan, l’assistance du jour avait tout aussi religieusement prêté l’oreille à celui de Ribio Nzeza. En effet, il était paru d’un grand intérêt pour les musiciens en herbe et les professionnels présents.

Pour certains, l’expérience de la Fondation Music in Africa présentée par son président était une nouveauté. D’apprendre ainsi l’existence de cette plateforme, le nec plus ultra en matière de présentation de l’importante palette de la musique africaine a ravi plus d’un. Qui plus est, insistant que « Music in Africa est le portail de référence pour les professionnels et les artistes et qu’il permet de connaître en temps réel les nouvelles tendances musicales sur le continent », le Pr Ribio a fini de séduire l’auditoire. L’intérêt a été plus grand lorsqu’il a démontré les avantages et facilités offerts aux artistes congolais de se constituer une vitrine via le site. Il a souligné que, par-delà l’ouverture au monde, il permet, de manière efficiente, l’interconnexion entre artistes africains, le rêve.

Il appert que le succès du colloque rumba parade, volet scientifique de la manifestation annuelle dédiée à la rumba, tenait surtout au fait qu’il venait en réponse à un besoin crucial de l’INA. En effet, selon Maïka, « il est crucial de restaurer l’histoire ». Et de préciser : « Il faut que les gens écrivent cette histoire de la musique congolaise avec des données scientifiques. Il faut que tout ce qui a été joué intuitivement soit codifié. Il faut des partitions écrites de toutes les musiques que nous avons créées, pour pouvoir les transmettre sans distorsion, parce que ce que l’on transmet oralement finit par subir une distorsion. Et, au bout du compte, ce que l’on transmet n’est pas fidèle à la source ».

Une mission qui tient à cœur à l’INA et que l’on s’attelle à mener méthodiquement sous l’impulsion du directeur général Yoka Lye Mudaba. Du reste, les volumes 1 et 2 de l’Anthologie Rumba Parade s’inscrivent dans cette démarche sous-tendue par la démarche primordiale d’inscrire la rumba dans la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

NM/LDDBV

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