Togo – Libération de prisonniers politiques – En attendant les sujets qui fâchent !

Le dialogue politique au Togo, sous l’égide du président Nana Akufo-Addo, entamé depuis le 19 février 2018 pour sortir le pays de la crise politique, est au point mort. Il reprend demain vendredi. A l’étape actuelle des choses, l’on peut noter la prise de mesures tendant, de toute évidence, à décrisper la situation.

Ces mesures, dites d’apaisement, portent notamment sur la libération de plusieurs détenus embastillés à travers le pays pour faits de manifestations politiques. Ainsi, une trentaine de personnes ont quitté les Maisons d’arrêt de Kara, Atakpamé et Lomé pour regagner leurs domiciles respectifs le 20 février dernier. Hier, 21 février, sept autres personnes détenues dans le cadre des incendies des marchés de Kara et de Lomé en janvier 2013, devaient être présentées au juge à l’effet d’examiner leur demande de mise en liberté provisoire.

Tout long voyage commence par un premier pas

A en croire le communiqué de la première journée des travaux du dialogue, 45 personnes sur les 92 détenues, en rapport avec les manifestations politiques, étaient censées bénéficier de ces mesures de décrispation. En attendant la reprise des tractations demain vendredi, l’on peut déjà saluer ce premier pas posé par le pouvoir en vue du dénouement tant attendu de la crise politique qui secoue le pays depuis 6 mois.

Comme tout long voyage commence par un premier pas, celui qui vient d’être fait par le gouvernement togolais vaut son sont pesant d’or, en ce sens qu’il se pose comme un prérequis pour l’atteinte des objectifs du dialogue. D’ailleurs, ces élargissements, il faut le rappeler, étaient une des conditions de participation de l’opposition à ces pourparlers inter-togolais. Ils sont donc bons à prendre, même si le pouvoir togolais peut et doit en faire davantage. L’idéal serait que tous les prisonniers politiques, sans exception aucune, bénéficient ici et maintenant de la mesure de libération.

Le pouvoir de Faure Gnassingbé pourrait ne pas être gêné aux entournures par ces libérations, dans la mesure où elles sont, parmi les points qui sont inscrits dans l’ordre du jour, le sujet qui fâche le moins, en ce sens qu’il ne perturbe aucunement son sommeil. D’ailleurs, l’on peut voir dernière ces mesures d’élargissement de détenus politiques prises par le gouvernement, une stratégie tendant à signifier à l’opinion nationale et internationale que le pouvoir a déjà fait sa part de chemin, et que de ce point de vue, il revient maintenant au camp d’en face de faire de même.

Or, tout le monde sait que ce sujet, même s’il est important, n’est pas ce pour quoi l’opposition bat le pavé depuis 6 mois. Le sujet qui véritablement tend les ressorts de l’opposition depuis cette date, est clair et net. Et Eric Dupuy, chef de la délégation de l’opposition dans le comité préparatoire, l’a évoqué de la manière la plus univoque dans les propos suivants : « Nous sommes totalement disponibles à condition que ce dialogue traite essentiellement du retour à la Constitution de 1992 dans sa version originelle, qui dit qu’en aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats ».

Il faut souhaiter que Faure fasse le pas salutaire que les démocrates attendent

Comme on peut le voir, il y a une distance abyssale entre la libération de prisonniers politiques et l’objectif principal que se fixe l’opposition. Et l’on ne voit pas comment celle-ci pouvait se faire harakiri au point de se contenter de la petite concession que vient de faire le pouvoir à son endroit en libérant des détenus politiques. La reprise donc du dialogue de demain 23 février, sera marquée par le traitement des sujets dont la seule évocation suffit à rougir les yeux et faire grincer des dents, essentiellement du côté du pouvoir.

Et quand on entend son représentant, le ministre de la Fonction publique, Gilbert Bawara, dire que « Les Togolais doivent être en mesure de trouver des solutions qui répondent à la fois à l’intérêt général et au bien commun de tous les Togolais », l’on peut avoir envie de lui demander ce qu’il entend par « intérêt général » et « bien commun ». Car, l’on n’a pas forcément besoin de passer par une faculté de sciences politiques pour savoir que la logique du clan Gnassingbé n’est pas celle de l’intérêt général et du bien commun. Sa logique, depuis plus d’un demi-siècle, est la patrimonialisation du pouvoir, la prédation des ressources du pays et le mépris maladif de tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’alternance démocratique.

Le reconnaître, serait faire preuve d’honnêteté intellectuelle. Ne pas le reconnaître, serait faire preuve de mauvaise foi. C’est pourquoi nous avons eu le nez creux de titrer que Faure est à la fois le problème et la solution. Il lui suffit, en effet, s’il a encore un brin d’amour pour le Togo, d’en prendre conscience et d’en tirer les conséquences. De par le passé, l’on a vu des présidents africains qui ont eu l’élégance et la vision de se retirer du pouvoir, alors qu’ils n’avaient pas le feu aux fesses.

L’on peut citer à titre d’exemple, Léopold Sédar Senghor du Sénégal. L’on peut rassurer Faure que ce n’est pas à cause de cela que le président poète n’est plus de ce monde. Mais seuls sont capables d’un tel renoncement, les grands hommes. Faure Gnassingbé a encore le temps de démontrer qu’il en est capable. Si par extraordinaire, il venait à s’inscrire dans cette logique, il apporterait la preuve que tous les Gnassingbé n’ont pas dans leurs gênes la boulimie du pouvoir.

Et comme il ne faut jamais désespérer des hommes, il faut souhaiter qu’en plus de la libération des détenus politiques, il fasse le pas salutaire et décisif que les gens de bien et les démocrates attendent. Vous l’aurez imaginé. Ce pas est celui du renoncement. Et il peut être sûr qu’il n’en mourra pas.

LP/LC

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